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L’EUPHORIE APRÈS LE VOTE

Les Kamerunais du pouvoir comme de l’opposition chantent le raz-de‑marée, mais la victoire électorale ne se gagne pas uniquement dans les urnes. La vraie lutte pourrait commencer dans les couloirs du Conseil constitutionnel — lieu de proclamation, non de justice. Le pouvoir peut-il confisquer le verdict citoyen ? Et l’opposition est‑elle prête à riposter ?

Le raz-de-marée populaire… et le piège institutionnel

La guerre des communiqués sur la toile opposant les cyber-activistes du pouvoir et de l’opposition présage un landemain incertain . L’élan qui pousse derrière Issa Tchiroma et l’opposition est authentique, profond, chargé d’espoirs. Le peuple pense être redevenu acteur puisqu’il a porté ses choix. Ce vote populaire constitue une étape cruciale — c’est elle que tout le monde redoutait le plus.

Mais voter n’est que le début du chemin. Vient ensuite le temps du verdict institutionnel. Le Conseil constitutionnel n’est pas une cour de contentieux : il proclame. Il valide ou invalide. Il peut ne pas juger, mais il possède le monopole du mot final. Dès lors, tout dépendra de ce qu’on appelle lecture du droit ou ses contorsions.

Si le pouvoir cède à la confiscation…
Supposons, dans un scénario peu souhaitable mais plausible : les décisions du Conseil constitutionnel ne reflètent pas le verdict des urnes. Supposons même que le président de l’institution, Clément Atangana, s’incline devant des pressions ou des intérêts extérieurs et opte pour la « déclaration mécanisée » plutôt que pour la vérité démocratique.

Mais dans ce cas, la question essentielle surgit : serait‑ce le feu aux poudres ? Et si oui, la réplique de l’opposition est-elle déjà prête ? Un simple tweet de victoire ne suffit pas. Il faudra un plan de mobilisation citoyenne pour affirmer que la souveraineté ne se confisque pas. Aujourd’hui, il est temps d’assembler un contre‑pouvoir citoyen — non pas contre un individu, mais contre un système. C’est ce plan qui décidera si la victoire sera simplement arrachée — ou réellement prise.

L’illusion de la fixation sur Atangana

Actuellement, beaucoup focalisent leur attention sur ce président du Conseil constitutionnel, comme s’il était l’unique obstacle entre le peuple et la victoire. Cette fixation est dangereuse : elle focalise l’énergie sur un bouc émissaire, et détourne l’attention des vrais mécanismes institutionnels à neutraliser.

Le contentieux commence à partir des commissions communales. C’est le premier stade de compilation des résultats. Si un représentant de candidat n’est pas d’accord, il fait mentionner ses observations sur les Procès Verbaux. Ensuite suit la commission mixte départementale le deuxième niveau au Tribunal de Grande instance du département. On compile et harmonise les informations qui sont transmises à la commission nationale de recensement général des votes. Troisième niveau. A chacune de ces étapes, chaque représentant de candidat devrait rentrer avec le Procès Verbal portant les mêmes informations et au final, chaque mandataire du candidat devrait avoir les 58 Procès Verbaux des 58 départements.

La commission nationale de recensement général des votes a la latitude de revenir sur les Procès Verbaux des bureaux de vote.

Le pouvoir lui souhaite le débat qui a cours en ce moment: il se nourrit de la polarisation, de la dramatisation, de la personnalisation des responsabilités. Il veut qu’on parle d’Atangana, et non du système électoral, ni des clauses anticonstitutionnelles, ni des marges de manœuvre légales qui peuvent être utilisées pour subvertir le verdict démocratique.

À quoi penser avant d’aspirer au pouvoir ?
Dans ses mémoires, Salomon Tandem Muna, ancien président de l’Assemblée nationale, avait posé une question prophétique en 1992, aux leaders de l’opposition :
« Vous allez gagner l’élection présidentielle. Mais qu’allez‑vous faire pour prendre le pouvoir ? »
Elle reste plus pertinente que jamais. La victoire du bulletin n’est pas la victoire du trône. Selon la constitution, les institutions, les mécanismes de publication et de proclamation, les forces de l’ordre, la mobilisation politique — tout joue.

Vigilance, audace, stratégie

Le peuple Kamerunais peut gagner les urnes. Mais s’il n’a pas anticipé la réponse institutionnelle, il pourrait perdre ce qu’il vient de conquérir. L’euphorie est nécessaire — elle galvanise, elle unit. Mais elle ne suffit pas.

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