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LE FOUET ET LE SILENCE

Une vidéo insoutenable circule : un employé Kamerunais fouetté, humilié, brisé dans un commerce chinois. L’indignation est vive, mais fugace. Car au-delà du choc, une question dérange : et si ce n’était pas une exception, mais le symptôme d’un mal plus profond, installé, toléré, parfois même justifié ?

Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE

Une violence qui ne surprend plus

Les images choquent, mais ne surprennent pas. Elles réveillent une mémoire collective que l’on préfère taire. Dans les années 90 déjà, une jeune fille avait été exposée nue dans un magasin greco-libanais, livrée à la vindicte sous prétexte de vol. L’émotion avait été étouffée, l’indignation disqualifiée.

« Ce qui est grave, ce n’est pas seulement l’acte, c’est l’habitude de l’excuser »

Car chaque fois, le même scénario : on relativise, on détourne, on accuse ceux qui dénoncent. La violence devient un fait divers, puis un oubli. Jusqu’à la prochaine vidéo.

La banalisation comme système

Ce qui se joue ici dépasse le cadre d’un commerce ou d’un employeur. C’est une mécanique sociale. Une accoutumance à l’humiliation. Une tolérance insidieuse à l’inacceptable.

Dans certains espaces professionnels, la dignité est une variable d’ajustement. Le travail ne protège plus, il expose. Et l’abus devient une norme tacite, transmise, reproduite.

« À force de voir l’injustice, on finit par la considérer comme un décor », analyse un sociologue.

Quand la peur fabrique des bourreaux

La précarité n’excuse pas tout, mais elle explique beaucoup. Le chômage endémique, l’absence d’alternatives, la peur de perdre le peu que l’on a : autant de facteurs qui enferment dans le silence.

Pire encore, ils transforment parfois les victimes en relais de la violence. Pour conserver une place, certains endossent le rôle de surveillants, d’exécuteurs, d’intermédiaires zélés.

C’est le mécanisme le plus redoutable : l’intériorisation de la domination.
« Le dominé qui reproduit la violence du dominant devient le garant du système », résume un enseignant.

L’État, grand absent

Face à ces dérives, une question s’impose : où est l’État ?
Qui protège le travailleur ? Qui sanctionne ces pratiques ? Qui rappelle que la dignité humaine n’est pas négociable ?

Le silence institutionnel est assourdissant. Et dans ce vide, prospèrent les abus. L’impunité devient un signal : tout est permis, tant que personne ne rend de comptes.

La loi existe, mais son application vacille. Et sans application, la loi n’est qu’un texte sans force.

Refuser l’habitude de l’inacceptable

Il ne suffit pas de s’indigner devant une vidéo. L’indignation, sans mémoire ni action, devient un rituel inutile.

Le véritable combat est ailleurs : refuser la banalisation, protéger les plus vulnérables, exiger des institutions qu’elles jouent leur rôle.

Car une société qui tolère l’humiliation d’un seul finit toujours par fragiliser la dignité de tous.

Et un pays où l’on peut fouetter un homme en public sans conséquence n’est pas seulement injuste. Il est en danger

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