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QUAND LE MBÔG TIENT LE SIFLET

Alors que les gardiens du Mbôg frappent fort en suspendant Dieudonné Yebga et plusieurs autres, cette décision saluée par beaucoup soulève une autre interrogation : la justice traditionnelle serait-elle elle aussi sélective ? Entre purification rituelle et règlements de comptes, la lutte contre la trahison mérite d’être cohérente, ou elle risque de n’être qu’un simulacre de plus.

Dans une rare démonstration d’autorité, le Collège des Mbombog a suspendu Dieudonné Yebga pour quinze ans, motif : « rupture de serment et activités politiques ». Le couperet est tombé comme une sentence des ancêtres, sans appel. Une vingtaine d’autres ont été balayés dans la foulée pour « faute lourde » et « trahison envers le peuple ». Enfin une parole forte, enfin une ligne rouge tracée là où régnait depuis trop longtemps le silence complice. Une gifle magistrale, et pour une fois, ce n’est pas le peuple qui l’a reçue. Applaudissements. Respect. Mais… pas trop vite.

A y regarder de plus près, une question nous brûle les lèvres : pourquoi maintenant ? Et surtout, pourquoi lui ? Car pendant que les tambours de la justice traditionnelle résonnent, une question hurle dans le silence : et Bapooh Lipot, alors ? Celui-là même qui a fait de l’UPC une bête de foire, de Ruben Um Nyobè un argument de meeting, et des martyrs nationalistes une monnaie d’échange avec le régime qu’ils ont combattu !
Bapooh Lipot, imposé par le ministère de l’administration territoriale, est celui par qui l’humiliation de l’UPC est devenue une danse macabre sur les tombes de nos martyrs ? Faut-il rappeler que ce dernier s’est lui aussi drapé de la toge du patriarche pour mieux servir le banquet de ceux qui ont étranglé le rêve nationaliste ? Faut-il attendre encore que le ridicule touche le fond pour qu’on s’indigne enfin ?
Ce monsieur ne mérite-t-il pas les foudres sacrées pour avoir livré le parti historique pieds et poings liés à ceux qui l’ont massacré ?

Nous saluons cette décision du Mbog, tout en espérant qu’elle ne soit pas un règlement de comptes à géométrie variable. Car si l’éthique doit revenir dans nos traditions, alors que cela soit sans tri sélectif, sans complaisance, et sans hypocrisie.
Si le Mbôg a décidé de siffler (enfin) la fin de la récréation !* qu’il balaie jusqu’aux coins.

Les dignitaires du côté de l’Ouest et du septentrion, où certains chefs confondent pouvoir traditionnel et cirque politique, où le titre de gardien des valeurs est devenu un simple déguisement pour les dîners de cons institutionnels devront s’en inspirer pour faire le ménage.

Puisque le Mbôg a retrouvé la voix, qu’il l’élève haut et fort, et couvre toute la République pour rappeler à certains chefs traditionnels qu’un trône n’est pas un strapontin de campagne, et qu’un panama rouge n’est pas un badge d’accès au Palais.
Le peuple ne demande pas une justice spectacle. Il exige une justice équitable. Sinon, le Mbôg ne sera qu’un autre théâtre d’ombres, où les marionnettes changent mais le système reste pourri.

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