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LA RÉPUBLIQUE DES ÉCRANS DE FUMÉE

LA RÉPUBLIQUE DES ÉCRANS DE FUMÉE

Pendant que le quotidien des Kamerunais se débat entre précarité, chômage et services publics défaillants, un curieux feuilleton monopolise l’espace public : la filiation supposée des Biya et leur légitimité à exercer des fonctions. Un débat bruyant, mais creux, qui détourne l’attention de l’essentiel.

Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE

Une polémique sans portée sociale

Qui est le fils de qui ? Qui ne l’est pas ? La question, répétée à satiété, sature les conversations et les réseaux sociaux. Mais au fond, en quoi cette querelle améliore-t-elle l’accès à l’eau potable, à l’emploi ou à l’électricité ?

On convoque des proverbes, on tord des principes juridiques, on s’improvise généalogiste de circonstance. Pourtant, la vérité biologique — si tant est qu’elle importe — dispose de moyens simples pour être établie. Pourquoi alors tant de bruit autour d’un sujet dont la résolution semble à portée de main ?

« Quand l’accessoire devient central, c’est que l’essentiel dérange »

Le piège d’un débat inutile

Le second volet de cette distraction est encore plus révélateur : la capacité des personnes concernées à exercer des fonctions publiques, y compris la magistrature suprême. Là encore, le débat s’enlise dans l’émotion et les suppositions.

Or, la règle est claire : tout citoyen jouissant de ses droits civils et politiques est éligible. Point final. Le reste relève de la spéculation ou, pire, d’une volonté d’entretenir une confusion utile.

« La loi n’a pas de visage familial », rappelle un juriste. Elle ne distingue ni lignage ni patronyme. Elle établit des critères. C’est leur application qui doit faire débat, pas les identités fantasmées.

Ce que l’on évite soigneusement

Pendant que les regards sont fixés sur des arbres généalogiques, les questions fondamentales passent à l’arrière-plan :

Les règles du jeu politique sont-elles équitables ?

Les institutions garantissent-elles une compétition saine et transparente ?

Le citoyen peut-il réellement choisir ses dirigeants ?

Voilà les interrogations qui devraient structurer l’espace public. Mais elles sont exigeantes. Elles demandent des réponses, des réformes, du courage.

« On occupe les esprits avec ce qui divise pour éviter ce qui oblige », analyse un enseignant.

Revenir à l’essentiel

Le Kamerun n’a pas besoin d’un débat sur les filiations supposées. Il a besoin d’un débat sur la filiation du pouvoir : d’où vient-il, comment s’exerce-t-il et au profit de qui ?

La démocratie ne se mesure pas à l’identité des prétendants, mais à la qualité du processus qui les porte. Ce n’est pas le nom qui fonde la légitimité, c’est le choix libre et éclairé des citoyens.

L’urgence de la lucidité

À force de courir derrière des polémiques sans lendemain, le risque est grand de perdre de vue l’essentiel : la capacité d’un peuple à décider de son destin.

Le véritable enjeu n’est pas de savoir qui est le fils de qui, mais de garantir que chaque Kamerunais puisse, sans entrave, choisir qui doit le gouverner.

Le reste n’est que distraction. Et la distraction, en politique, n’est jamais innocente.

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