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1er MAI AU KAMERUN : LA PARADE DES RÉSIGNÉS

1er MAI AU KAMERUN : LA PARADE DES RÉSIGNÉS

Du soleil accablant aux pluies battantes, ils ont marché. Drapés de pagnes, Tee shirts et polos syndicaux, scandant des slogans devenus mécaniques, les travailleurs kamerunais ont, une fois de plus, célébré la journée internationale du travail comme une parenthèse festive. Mais derrière les fanfares et les réjouissances, une question persiste : que reste-t-il de l’esprit de lutte qui a arraché les droits aujourd’hui piétinés ?

Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE

Une célébration vidée de sa substance
Chaque 1er mai, la scène se répète. Les travailleurs défilent devant ceux-là mêmes à qui ils ont abandonné le pouvoir de décision sur leurs conditions de vie. Installés dans les tribunes officielles, ces « maîtres du jeu » observent, applaudissent parfois, pendant que ceux qui peinent au quotidien offrent le spectacle de leur docilité.

Les revendications essentielles — salaires impayés, précarité de l’emploi, sécurité sociale défaillante — sont reléguées à l’arrière-plan. Le temps d’une journée, la contestation cède la place à la célébration. « Le pain et les jeux » semblait dire déjà la Rome antique. Ici, ce sont les boissons et les repas qui anesthésient la colère.

La mémoire des luttes en lambeaux

Pourtant, les droits des travailleurs ne sont pas nés d’une générosité patronale ou étatique. Ils sont le fruit de luttes âpres, souvent au prix du sang. Les générations passées avaient compris une chose essentielle : rien ne se donne, tout se conquiert.

Comme le rappelait Thomas Sankara :
« L’esclave qui n’assume pas sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. »
Cette sentence résonne aujourd’hui comme une mise en accusation. Car à force de renoncements, la conscience ouvrière semble s’être dissoute dans l’habitude et la peur.

Résignation ou stratégie de survie ?

Faut-il pour autant réduire les travailleurs à une simple masse inconsciente ? La réalité est plus nuancée. Entre chômage endémique et répression larvée, beaucoup choisissent la prudence. Se taire devient une stratégie de survie. Revendiquer, un risque.

Mais cette prudence prolongée se transforme en résignation collective. Et la résignation, elle, nourrit le statu quo. Elle conforte les abus, banalise l’injustice et installe durablement l’inégalité.

Réapprendre à lutter
La question n’est donc pas seulement de dénoncer, mais de reconstruire. Reconstruire une conscience, une solidarité, une capacité d’organisation. Car aucune amélioration durable ne viendra sans pression collective.

Comme le disait un autre slogan des luttes sociales :
« Seule la lutte libère. »
Encore faut-il que cette lutte soit pensée, organisée et portée par une volonté commune.

Le réveil ou l’effacement

Les travailleurs Kamerunais sont à la croisée des chemins. Continuer à défiler pour oublier, ou apprendre à se lever pour transformer. L’histoire n’a jamais été tendre avec les peuples qui renoncent à eux-mêmes.

La liberté ne se distribue pas en fin de parade. Elle se conquiert, au prix de l’engagement. À défaut, il ne restera que des chants, des danses… et des chaînes mieux décorées

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