INTERDIRE L »INEVITABLE : CHRONIQUE D’UN FIASCO ANNONCÉ
À force d’interdire pour exister, l’administration Kamerunaise finit par rendre incontournable ce qu’elle voulait éviter. La convention du MRC, pourtant interdite, a renouvelé ses instances. Comme l’UPC-MANIDEM avant lui, ce parti a bouclé ses travaux. L’interdiction, finalement, n’aura servi qu’à renforcer la légitimité du contesté, ternir l’image du pays et épuiser les citoyens. À quoi bon ?
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Interdire, pour mieux exposer ?
Argent public gaspillé, effectifs mobilisés, dispositifs policiers dignes d’une opération militaire… tout ça pour empêcher un congrès politique. Résultat ? L’événement a eu lieu. On dirait presque que le pouvoir cherche à construire des martyrs ou à fabriquer l’héroïsme par maladresse administrative. Comme en écho au passé, « Il ne faut pas interdire ce qu’on ne peut pas empêcher. » disait Garga Haman Adji, ex-ministre de la Fonction publique.
Une répétition de l’histoire : l’exemple UPC-MANIDEM
Ce que vit le MRC n’est pas nouveau. L’UPC-MANIDEM, dont la légalité a pourtant été confirmée par la Cour suprême du pays et la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, continue d’être considérée comme « illégale » et ostracisée par l’administration. Et pourtant, elle tient ses congrès tous les trois ans, élit démocratiquement ses dirigeants, sous interdiction, dans l’indifférence générale.
Cette stratégie de délégitimation est vieille comme le système : on nie l’existence légale d’un parti qui dérange, en espérant que l’opinion publique oubliera. Mais l’histoire est têtue.
L’effet boomerang de la répression
Les barrages policiers, les menaces, les pressions sur les propriétaires de salles, les intimidations des participants… tout cela ne fait plus peur. Au contraire, cela attire les projecteurs, crédibilise l’opprimé et montre le pouvoir comme fébrile.
Au lieu de fragiliser le MRC, l’interdiction de sa convention a boosté sa visibilité. L’effet Streisand en politique : plus on tente de cacher, plus on attire l’attention.
Et l’image du Kamerun dans tout ça ?
À l’heure des réseaux sociaux et des observateurs internationaux, ce genre de scènes ne passe plus inaperçu. Le pays de Anicet Ekane donne l’image d’un État qui a peur de sa propre démocratie. Où l’on interdit les congrès des partis d’opposition mais où l’on autorise les messes de propagande.
Ce que l’État fabrique, c’est sa propre contradiction
En interdisant ce qu’on sait inévitable, on finit par perdre la face.
L’administration ne devrait pas craindre les partis, mais les encadrer. Elle ne devrait pas punir la légalité, mais la garantir.
Et surtout, elle ne devrait pas oublier que chaque interdiction injustifiée fabrique une légende.
Aujourd’hui le MRC. Hier l’UPC-MANIDEM. Demain ?
L’alternance commence par le respect du jeu.
