Pendant que le président de la République s’adressait à la jeunesse, l’un des siens rendait son dernier souffle à l’Hôpital général de Douala. Électrocuté au PK 17 par un câble électrique abandonné au sol, ce jeune homme est mort d’un drame annoncé, évitable, et pourtant ignoré. Une mort de plus dans l’indifférence administrative.
Une chronique de HIlaire NGOUALEU HAMEKOUE
Une mort pendant un discours
Il y a des coïncidences qui révoltent. Au moment précis où l’on parlait d’avenir, d’espoir et de responsabilité envers la jeunesse, un jeune mourait, foudroyé par l’incurie. Le PK 17, zone pourtant bien connue des services techniques, abritait depuis des semaines un câble électrique dangereux, signalé, dénoncé, photographié. Rien n’a été fait.
« On savait. Tout le monde savait. Les autorités savaient », confie un riverain, encore sous le choc. La mort n’a donc rien de fortuit : elle est la conséquence directe d’un abandon.
ENEO et l’État face à leurs responsabilités
Dans ce pays, les drames liés à l’électricité sont devenus banals, presque routiniers. Câbles pendants, poteaux fragilisés, installations vétustes : le danger est permanent. ENEO, concessionnaire chargé de la distribution, est pourtant régulièrement interpellé. Les autorités administratives aussi.
« Nous avons alerté. À plusieurs reprises. Personne n’est venu », affirme un commerçant du PK 17. Le constat est glaçant : même après un décès, aucune intervention de réparation n’a été effectuée. Comme si la vie humaine n’était pas encore un signal suffisant.
La banalisation de l’inacceptable
Ce drame révèle une maladie plus profonde : la banalisation de la mort évitable. On pleure, on enterre, on passe à autre chose. Aucun communiqué, aucune sanction visible, aucune urgence déclarée.
L’État qui exige obéissance et patience de ses citoyens semble incapable d’assurer le minimum vital : la sécurité. Comment parler de civisme quand les infrastructures publiques tuent ? Comment invoquer la paix sociale quand l’irresponsabilité est érigée en mode de gouvernance ?
Une jeunesse sacrifiée sur l’autel de la négligence
Ce jeune homme ne demandait ni privilège ni faveur. Il voulait simplement vivre. Son nom rejoindra la longue liste des victimes anonymes de la négligence institutionnelle :
Il est mort parce que personne n’a fait son travail. Voilà la vérité nue, brutale, insupportable.
Interpellation
Attend-on les prochaines victimes pour agir ? Combien de morts faudra-t-il encore pour qu’un câble au sol soit enfin relevé ? Jusqu’à quand la population acceptera-t-elle la brimade de ceux qui sont payés pour garantir son bien-être, mais qui brillent par leur absence quand la vie est en jeu ?
Le silence, désormais, serait une complicité
