QUAND l’ARROGANCE PREND LE PAS SUR LA GOUVERNANCE
Sur le plateau de Club d’Élites, Jean Lambert Nang révèle sans certainement le vouloir, l’état réel du RDPC : un parti sans colonne vertébrale idéologique, traversé par des courants contradictoires. Pis encore, un élu-maire fraîchement désigné se lance dans une déclaration qui frôle le délire politique : « Nous dirigerons le Cameroun jusqu’à ce que la terre disparaisse ». Une chronique d’un chauvinisme affiché, symptôme d’un pouvoir qui confond légitimité et éternité.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Un aveu habillé en fierté
Jean Lambert Nang, invité régulier des plateaux télévisés, croit sans doute bien faire en affirmant : « Le RDPC est un parti où bouillonnent plusieurs tendances, plusieurs visions des choses ». Mais ce qui pourrait ressembler à une richesse idéologique traduit, à y regarder de plus près, un désordre profond. Le RDPC n’est plus un parti : c’est un conglomérat de clans, chacun tirant la couverture à lui, sans projet cohérent pour la nation. L’hétérogénéité, sans boussole, devient cacophonie.
Le résultat est là, sous nos yeux : des décisions contradictoires, des ministres qui se désavouent en public, des institutions qui donnent l’impression de naviguer à vue. Une confusion qui dessert l’action publique et rend illisible la ligne de conduite du pouvoir.
Des institutions qui « travaillent », mais pour qui ?
Toujours selon M. Nang : « Les institutions en place travaillent pour le développement du pays, même si elles ne font pas l’unanimité ». On peut saluer la foi de l’homme, mais on peut aussi l’inviter à lever la tête. Car si développement il y a, il se cache bien. Les routes s’effondrent, les hôpitaux manquent de tout, l’école publique est à l’agonie et l’électricité reste un luxe dans certains quartiers urbains.
Alors pour qui ces institutions « travaillent » ? Pour un petit cercle qui a confisqué l’État et ses ressources ? Ou pour une caste politique qui, sous couvert de « stabilité », s’éternise en haut des marches du pouvoir pendant que la population stagne au pied de l’échelle sociale ?
Un maire devenu messie du parti-État
Mais c’est le maire de Minta qui aura porté le coup de grâce à la décence politique. Dans une envolée digne d’une pièce de théâtre absurde, il affirme :
« Nous dirigerons le Cameroun jusqu’à ce que la terre disparaisse. »
Une phrase qui devrait figurer dans les manuels d’histoire, à la rubrique excès de zèle et dérives du pouvoir. Car cette déclaration est tout sauf anodine. Elle révèle une mentalité monarchique, une appropriation totale de l’appareil d’État par un parti devenu organe de domination à vie.
Quand le pouvoir devient religion
Ce genre de sortie n’est pas sans rappeler les régimes les plus autocratiques, où les leaders se prennent pour des demi-dieux, au-dessus de toute alternance. Le maire de Minta ne parle plus en élu du peuple, mais en prophète d’un royaume politique éternel.
Mais qu’il se souvienne, à l’image de tous ceux qui s’érigent en éternels : même les empires tombent. L’histoire ne donne pas d’exemption.
Le pouvoir n’est pas une promesse divine
Le Kamerun n’appartient ni à un parti ni à une communauté politique. Les institutions doivent servir le peuple, pas leurs propres promoteurs. La déclaration de ce maire, aussi ridicule qu’inquiétante, doit interpeller tous ceux qui croient encore en la République. Car le patriotisme n’est pas de diriger éternellement, mais de savoir quand il faut passer la main.
Comme le disait Thomas Sankara :« Il ne faut pas confondre la direction d’un peuple avec la domination d’un peuple. »
