À quelques jours de la présidentielle, l’administration Kamerunaise semble mise en pause. Hauts fonctionnaires et directeurs généraux désertent leurs postes pour se lancer corps et biens dans la campagne, emportant avec eux véhicules de fonction et moyens de l’État. Une confusion totale entre service public et agenda politique, qui interroge sur le respect des principes républicains dans un pays où l’on a de plus en plus l’impression d’assister à une mise en scène bien orchestrée.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Alors que le Kamerun s’approche à pas comptés de la date du 12 octobre 2025, l’administration, elle, semble avoir déserté ses bureaux. Faire régler un dossier, obtenir une signature ou simplement trouver un directeur général ou un haut fonctionnaire à son poste est devenu une épreuve de foi. La priorité ? Battre campagne. Et tant pis pour le contribuable.
Les véhicules de fonction, les moyens logistiques de l’État, les chauffeurs et carburants pris en charge par le Trésor public… tout est réquisitionné pour une « croisade politique » à peine dissimulée. On ne compte plus les convois officiels sillonnant routes et pistes pour aller « vendre » des promesses à un peuple que ces mêmes dirigeants n’ont jamais pris le temps d’écouter pendant leur mandat.
Pire encore : ces moyens publics apparaissent désormais dans certaines caravanes de l’opposition, sous l’œil passif d’un pouvoir qui, d’ordinaire, se montre prompt à brandir lois et menaces. Tout se passe comme si un pacte tacite avait été signé : « faisons semblant de concourir, chacun joue son rôle, le peuple jugera… ou pas. »
Ce décor surréaliste donne raison à ce proverbe africain : « Quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre. » Ici, ce n’est même plus un combat, c’est une pièce de théâtre aux répliques bien rodées, où les citoyens ne sont que les figurants résignés d’un système verrouillé.
L’heure est grave. Si la République devient un théâtre d’ombres, alors il ne reste plus qu’au peuple d’éteindre la scène ou d’écrire, enfin, un nouveau scénario.
