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LES RÉGIONALES SANS LE PEUPLE

Le 30 novembre 2025, le pays de Paul Biya a organisé ses élections régionales dans un silence assourdissant. Sans surprise, le RDPC a tout raflé, dans un scrutin verrouillé par avance. Mais la véritable défaite est ailleurs : dans le désintérêt manifeste d’un peuple qui, désormais, regarde les urnes avec méfiance et fatigue.

Un scrutin à l’issue écrite d’avance

Le Décret N°2025/412 du 1er septembre 2025 a convoqué les collèges électoraux pour l’élection des conseillers régionaux. Rien que de très classique, si ce n’est qu’il s’agissait d’un coup de sifflet pour un match déjà plié. Avec 9 676 conseillers municipaux et 15 580 chefs traditionnels (dont une majorité issue ou proche du RDPC), le résultat ne faisait guère de doute.

À l’issue du vote, le RDPC a raflé la majorité dans les dix conseils régionaux. Dix sur dix. Pas une virgule de contestation. Une symphonie bien orchestrée, mais sans public.

Une élection sans citoyens

Car là est le malaise : l’électeur ordinaire ne s’est pas senti concerné. Aucun frisson dans les quartiers, aucune ferveur dans les rues. Le scrutin a eu lieu, mais dans un désert émotionnel. Ce n’est plus le manque d’information ou la pauvreté de l’offre politique qui posent problème. C’est la rupture du lien entre l’électeur et la chose publique.

Un observateur a résumé la situation avec ironie : « On a voté entre nous, pour nous, contre personne. »

L’obésité du RDPC, maladie démocratique ?

Le report du double scrutin municipal-législatif prévu en février 2025 a permis de maintenir la majorité confortable du RDPC dans les conseils municipaux. Résultat : aucun suspense possible. Même les plus optimistes savaient que le « match » des régionales allait se jouer à un seul camp.

La surreprésentation du RDPC n’est plus un fait politique, c’est une pathologie institutionnelle. Une obésité qui paralyse toute alternance crédible et étouffe la respiration démocratique.

Quand l’ombre de la présidentielle plane encore

Le désintérêt de la population n’est pas tombé du ciel. Il est le prolongement direct du sentiment de frustration laissé par la dernière présidentielle. Un scrutin lourd de soupçons, suivi de répressions, de blocages, et de tragi-comédies judiciaires. Le peuple, fatigué de jouer les figurants dans une pièce dont le scénario est cousu de fil blanc, a décroché.

Un proverbe Kamerunais le dit bien : « Quand le tam-tam est crevé, on n’y danse plus. »

Une démocratie à huis clos

Ces régionales, censées incarner la décentralisation tant attendue, n’auront donc été qu’une répétition de l’existant. Les conseils régionaux, au lieu de donner un second souffle à la gouvernance locale, risquent de devenir des chambres d’écho du pouvoir central.

Mais attention : la démocratie ne meurt pas toujours dans le bruit des armes. Elle peut aussi s’éteindre dans le silence du peuple.

Le sursaut, ou le soupir final ?

Le désintérêt est plus dangereux que la colère : la colère peut se canaliser, elle peut accoucher du changement. Le désintérêt, lui, est un abandon. Il revient maintenant aux acteurs politiques – tous camps confondus – de redonner au peuple le goût de croire. Car un jour, si le peuple ne vote plus du tout, même le RDPC n’aura plus de victoire à célébrer.
Comme disait Frantz Fanon : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. » Le Kamerun saura-t-il encore remplir la sienne ?

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