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LE GRANIT QUI FISSURE

Dans le Sud, fief historique du RDPC, un vent d’insubordination souffle au sein des tout nouveaux conseillers régionaux. Le système des « plis fermés », symbole du centralisme autoritaire du parti, vient d’être ouvert… et rejeté avec éclat. La « discipline non négociable » de Fame Ndongo s’est heurtée à une base de plus en plus audacieuse. La famille présidentielle n’échappe même plus à la fronde. Le socle granitique se lézarde.

Le Comité Central en mode autocratie

« Le parti a déjà décidé, vous n’avez qu’à exécuter. » Voilà, en substance, la tradition du Comité Central. Le fameux système des « plis fermés » – ces enveloppes venues de Yaoundé, contenant les noms des “élus” avant même le vote – devait une fois encore sceller la destinée politique du Sud. Mais cette fois, la pilule n’est pas passée.

Le professeur Jacques Fame Ndongo, tout puissant dans la région, a eu beau brandir sa formule fétiche : « La discipline du parti est non négociable », il a trouvé en face une résistance inhabituelle. Même Joseph Anderson Lé, émissaire du Comité Central, a été vertement recadré : la base veut choisir, et non obéir.

Une gifle politique aux caciques

Le choix d’Antoine Bikoro Alo’o, imposé par le sommet, passe mal. Gervais Ndo, qui devait jouer le rôle de suppléant docile, refuse de faire de la figuration. Et les murmures deviennent des cris : la base demande des visages neufs, des mandats réels, pas des décorations pour retraités du régime.

La sortie de Cathy Meba, nièce du Président, en est le symbole le plus fort :
« Est-ce que le conseil régional est une maison de retraite ? »
Une phrase simple, mais qui claque comme une gifle. Même la parentèle présidentielle ne veut plus se taire devant l’étouffement démocratique.

Quand le socle granitique tremble

On disait du Sud qu’il était la base la plus fidèle, le « granit » du régime. Mais cette crise interne révèle une fatigue politique. Le peuple n’est pas dupe. Les promesses régionales peinent à se concrétiser. Les nominations imposées depuis Yaoundé, au mépris des dynamiques locales, sonnent désormais comme des provocations.

L’instrumentalisation des forces de maintien de l’ordre (FMO) pour intimider les élus montre que le régime doute de son emprise. Quand on est fort, on convainc. Quand on est faible, on menace.

La fin de l’unanimisme ?

Si même le Sud commence à dire non, où ira le RDPC ? La discipline sans débat est une camisole. Le parti au pouvoir, habitué à régner par l’obéissance, découvre les premiers frissons d’une contestation interne. Le granit ne s’effondre pas encore, mais il se fissure. Et dans chaque fissure s’infiltre un mot : alternance.

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