MÉMOIRE SÉLECTIVE OU MIROIR DU POUVOIR ?
Les archives ont la dent dure. Depuis quelques jours, les médias ressuscitent les envolées controversées d’Issa Tchiroma, ex-ministre et ex-soutien indéfectible du régime. Certains y voient un règlement de comptes post-électoral. Mais derrière cette opération de recyclage, une mise en garde plus large s’adresse aux puissants d’aujourd’hui : les micros d’État n’oublient rien, et les archives finiront toujours par parler.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Le come-back du tribun
Lui qui fut la voix la plus zélée de l’orthodoxie présidentielle, se retrouve aujourd’hui vedette involontaire des rediffusions. Issa Tchiroma, ministre de la rhétorique virulente, s’illustrait par des sorties fracassantes qu’il qualifia lui-même de « prises de position contextuelles ». Mais ce retour en boucle de ses anciens discours n’est pas un clin d’œil nostalgique : c’est un miroir tendu à ceux qui occupent aujourd’hui les mêmes fauteuils.
Le peuple savait, mais…
Il faut rendre justice au peuple : en 2018, malgré les voix épiscopales, les sermons médiatiques et les menaces voilées, il a « choisi le bon diable », pour reprendre la formule osée de Mgr Yaouda. Tchiroma n’a jamais menti sur ses retournements. Il les a assumés, théorisés, presque sanctifiés. Il avait choisi son camp. Le peuple aussi.
Les archives n’oublient jamais
Ce que disent ces rediffusions, ce n’est pas « regardez comme il était mauvais », mais plutôt : « tout ce que vous dites aujourd’hui vous sera opposé demain ». Comme un avertissement silencieux à ceux qui, aujourd’hui, tordent le droit, musèlent la presse ou méprisent la misère avec morgue : le discours politique est une dette enregistrée.
« Nous avons volé, oui… mais pour les bonnes raisons »
La formule est fictive… mais l’idée n’est pas si loin de certaines justifications publiques. Combien de responsables d’aujourd’hui se vantent sans pudeur d’avoir « tenu le système » ? Combien traitent les appels à l’alternance de « caprices d’intellectuels » ? Ils oublient qu’en politique, tout ce qui est dit reste. Et quand le pouvoir glisse, la mémoire nationale rembobine.
A l’attention des futurs rediffusés
Les micros captent tout. Les caméras enregistrent. Et les réseaux archivent sans pitié. Ce que vous dites pour plaire au prince d’aujourd’hui peut devenir la honte publique de demain.
Alors, à ceux qui croient leur fauteuil éternel : parlez avec mesure, gouvernez avec justice, car l’histoire vous regarde déjà… en haute définition.
