Kenajanou – Parlons ville, vivons urbanisme
Urbanisation

LE PMUD OU LA PERPETUATION DU MIRAGE URBAIN DE DOUALA

Encore une annonce qui vient comme un coup de poignard dans la plaie ouverte de la souffrance populaire. Le Projet de Mobilité Urbaine de Douala (PMUD) vient s’ajouter à la longue liste des promesses non tenues qui jalonnent le calvaire quotidien des habitants de nos grandes villes. Un outil électoraliste au service d’un pouvoir qui confond gestion de la cité et propagande. À force de jouer avec les nerfs du peuple, on finit par réveiller en lui un sentiment plus dangereux que la colère : l’indifférence.

Les Kamerunais ne sont plus dupes. Chaque sortie médiatisée des autorités sur la mobilité urbaine ressemble désormais à une mauvaise répétition de théâtre, où les acteurs semblent ignorer que le public, lui, a de la mémoire.

« On peut tromper tout le peuple un certain temps, on peut tromper quelques-uns tout le temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. » Abraham Lincoln dixit!

En 2019, on nous vendait le rêve du Tramway, ce train urbain révolutionnaire digne de Singapour censé désengorger Douala. Travaux annoncés pour 2019, mise en service prévue en 2021… puis repoussée à 2023. En 2025, rien. Pas un rail, pas un mètre de quai. Mais cette semaine encore, le Ministre de l’Habitat et du Développement Urbain était en compagnie du gouverneur de la région du Littoral, du Maire de la ville des représentants de la Banque Mondiale et tout le gratin politique du RDPC. En cortège, en sirènes hurlantes, avec micros et caméras., ils sont venus encore. pour nous rejouer la même partition. Le PMUD. Une promesse remise sur la table comme une vieille viande réchauffée.

Pendant ce temps, la circulation à Douala est un enfer quotidien. Les bus focilles de la SOCATUR, vestiges d’un autre siècle, tombent en panne plus qu’ils ne roulent. Les taxis sont hors d’âge, dangereux et souvent hors-la-loi. Les mototaxis, quant à eux, sont devenus la norme, avec tous les risques que cela implique : accidents, désordre, insécurité.

Et malgré ce chaos urbain, chaque nouvelle annonce se fait avec faste, comme si l’on venait d’inventer l’eau tiède. Le tout, bien entendu, sur fond de précampagne électorale.
Pendant ce temps, ceux qui gouvernent roulent dans des 4×4 climatisés, escortés, protégés des klaxons, des nids de poules et de la misère urbaine. Ils ne prennent ni taxi, ni moto, ni même les escaliers du peuple. Ils ne vivent pas ce que vivent les citoyens. Pourtant, c’est à eux que l’on demande encore d’applaudir quand on remue le couteau dans la plaie.
La campagne électorale ne devrait pas être un moment pour mépriser encore plus ceux qu’on a déjà abandonnés. Ce peuple qui marche à pied dans la boue mérite plus que des effets d’annonces et des pancartes de projets fictifs. Il mérite des résultats. Du concret. De la justice.

À force de nourrir le peuple de promesses sans lendemain, les dirigeants prennent le risque de tuer ce qui reste de confiance dans la parole publique. En 2025, ce que les Kamerunais veulent, ce ne sont pas des PowerPoint de projets, mais des routes praticables, des bus qui roulent, des engagements tenus. Ils ont besoin de mobilité, de dignité, de respect. Car la ville, elle, n’attend pas. Et le peuple non plus.

Related posts

DOUALA – UNE VILLE SANS ADRESSE, UN PEUPLE SANS REPÈRE

kenajanou

Développement horizontal a problème

kenajanou

LA RÉPUBLIQUE DES INNOCENTS

kenajanou

Leave a Comment

This website uses cookies to improve your experience. We'll assume you're ok with this, but you can opt-out if you wish. Accept Read More

Privacy & Cookies Policy