À mesure qu’approche l’élection présidentielle d’octobre 2025, le discours politique glisse dangereusement vers l’incitation à la haine. Ce ne sont plus de simples internautes anonymes ou des marginaux décomplexés. Ce sont désormais des figures politiques, membres influents du régime, qui osent, au micro, désigner l’ »autre » comme bouc émissaire à chasser en cas de défaite. Où est la République ? Où est la loi contre le tribalisme ? Et surtout, où est l’État ?
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Le Kamerun a pourtant une loi qui punit le tribalisme. Mais à quoi sert-elle quand ceux qui devraient la faire respecter sont les premiers à la violer ? La sénatrice du Haut-Nkam, Mme Françoise Puene et le directeur de cabinet du président de l’Assemblée nationale Monsieur Boukar Abdourahim ont récemment franchi la ligne rouge. Alors que la première prenait à son compte des propos dangereux suggérant ouvertement, lors de meetings du RDPC, que les allogènes seront pourchassés s’ils ne votent pas « correctement », le second a insinué que la route Yaoundé-Bafoussam, « la seule route fiable du pays » a-t-il précisé, à été faite par Ngannou Djoumessi parce qu’il est de l’Ouest. Une menace à peine voilée qui installe la peur dans les esprits et fracture un peu plus l’unité nationale.
Ce discours n’est pas une gaffe. C’est un message politique assumé, porteur d’un projet de société fondé sur le chauvinisme ethnique et la haine de l’autre. Et le plus grave, c’est le silence assourdissant de la justice, du gouvernement, et des institutions censées veiller à la paix et à la cohésion sociale.
Le tribalisme n’est pas seulement une opinion. C’est un délit, un poison qui a déjà brisé des nations. Comment peut-on oser menacer des Kamerunais chez eux ? Dans un pays qui se veut indivisible, comment tolérer que l’on parle de « chasser » des citoyens parce qu’ils voteraient autrement ?
À ce rythme, ce n’est pas l’élection qui mettra en péril la stabilité du Kamerun. Ce sont les pyromanes installés au sommet de l’État qui, par leurs paroles, préparent le chaos.
Il ne suffit pas d’avoir une loi contre le tribalisme. Encore faut-il qu’elle s’applique à tous, surtout aux puissants.
Sinon, le Kamerun ne sera bientôt plus qu’une promesse trahie.
