Dans les grandes métropoles du monde, l’adressage des rues reflète l’identité, l’histoire et la vision d’avenir. À Douala, c’est plutôt un miroir de l’oubli, de l’improvisation et de la démission collective. Et c’est peu dire.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
L’adressage à Douala est une vaste farce. Dans plusieurs quartiers, il n’y a ni plaques, ni noms, ni cohérence. Quand ce ne sont pas des chiffres sortis d’un tirage de loto, ce sont des reliques de la colonisation qui trônent fièrement sur nos artères : Gallieni, De Gaulle, Leclerc…un vibrant hommage… à nos bourreaux : Comme si aucun fils ou fille de ce pays n’avait jamais marqué l’histoire.
Face à ce vide officiel, les populations font ce qu’elles peuvent — et ce qu’elles peuvent est parfois ridicule, parfois tragique : « 3 morts », « 3 voleurs », « sans caleçon », « 3 bordelles », « j’ai raté ma vie ». Oui, ce sont bien là les points de repère de certaines zones de Douala. Drôle ? Peut-être. Pathétique ? Surtout.
L’administration, elle, regarde ailleurs. Trop occupée à poser les plaques de bronze aux invités du pouvoir qu’à restaurer la dignité de la mémoire locale. Résultat : une ville moderne sans cartographie, des ambulances perdues, des facteurs désespérés et des citoyens condamnés à errer dans un labyrinthe sans noms.
Et pendant ce temps, dans les hautes sphères, on rêve de « smart city », pendant qu’au sol, le peuple vit dans la « no name city ».
À ce rythme, même Google Maps finira par démissionner.
Douala cherche toujours son adresse et tant que ses rues continueront à porter le nom de ceux qui l’ont dominés ou à servir de mémoriaux improvisés à des anecdotes macabres, Douala restera une ville en quête… d’elle-même.
