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LE SILENCE DE L’ÉTAT NOURRIT

Alors que les textes du Ministère du Travail imposent l’organisation des élections sociales dans toutes les entreprises de 20 salariés et plus, certaines, y compris dans le secteur des médias, s’y opposent violemment. Menaces, intimidations, refus catégoriques… Le dialogue social est ouvertement saboté. Et l’État, lui, regarde ailleurs.

Une loi claire, une pratique déviante

Par décision n°00139/MINTSS du 2 octobre 2025 et arrêté n°1778 du 1er octobre 2025, les autorités ont officiellement convoqué les élections sociales dans toutes les entreprises ayant au moins 20 employés. L’objectif est limpide : renouveler les délégués du personnel et consolider le dialogue social en entreprise.

Mais sur le terrain, la réalité est brutale : plusieurs entreprises refusent délibérément de se conformer à cette exigence légale. Certaines invoquent une prétendue « carence syndicale », quand d’autres vont plus loin, usant de répression pour étouffer toute velléité d’organisation des travailleurs.

Quand les médias donnent le mauvais exemple

Le plus surprenant, c’est que cette rébellion contre la loi se retrouve dans des médias dits “leaders”. Deux cas emblématiques : Spectrum Television (STV) et le groupe Équinoxe. Ces entreprises de presse, bien connues pour leur couverture des luttes sociales et des injustices, refusent tout simplement l’organisation des élections sociales en interne.

Pire : selon plusieurs témoignages crédibles, les travailleurs soupçonnés de sympathies syndicales y sont l’objet de menaces à peine voilées. Pressions psychologiques, isolement professionnel, intimidation directe… tout est mis en œuvre pour dissuader toute tentative d’émergence syndicale.

C’est le comble de l’ironie ! Ceux qui dénoncent les dérives ailleurs, les reproduisent à l’interne sans scrupules.

Un État absent, donc complice

Face à ces violations flagrantes de la loi, le silence du Ministère du Travail est assourdissant. Aucune mesure de coercition n’a été prise. Aucune mise en demeure. Aucune sanction. Pourtant, le Syndicat National des journalistes du Cameroun (SNJC) a, à plusieurs occasions, porté ce manquement à l’attention du ministre. Ce laisser-faire ouvre la voie à une anarchie patronale, où chacun applique (ou non) la loi selon ses intérêts.

Et pourtant, la loi est sans ambiguïté : «Les élections des délégués du personnel sont obligatoires dans tous les établissements publics ou privés , laïc ou religieux , civils ou militaires, installés sur l’ensemble du territoire national et utilisant habituellement au moins vingt (20) travailleurs relevant du Code du travail… ». L’État dispose des outils pour contraindre les employeurs récalcitrants. Qu’attend-il ?

La démocratie sociale ne se négocie pas

Les délégués du personnel ne sont pas un luxe. Ils sont un maillon essentiel de l’équilibre social dans toute entreprise. Leur absence ouvre la voie à l’arbitraire, aux abus, aux frustrations accumulées… jusqu’à l’explosion.

Comme le disait si bien Nelson Mandela : « Priver les travailleurs de leurs droits syndicaux, c’est menacer la paix sociale. »

En piétinant la loi, on affaiblit le pays

Quand même les médias – censés défendre la justice – violent la loi du travail, quand l’État ferme les yeux sur les pratiques patronales illégales, alors le socle même de la démocratie sociale est en péril. Le dialogue social ne peut prospérer sans règles respectées, sans syndicats protégés, sans État garant de l’équité

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