ELEGANCE RÉPUBLICAINE OU COMPROMISSION PROGRAMMEE ?
Ils avaient promis d’aller jusqu’au bout. De défendre la vérité des urnes. De ne pas se faire instrumentaliser. Et pourtant, à peine la messe du Conseil Constitutionnel dite, les voilà rangés, disciplinés, félicitant « républicainement » Paul Biya. La pièce était écrite d’avance, ils n’étaient que les figurants conscients.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Les convertis de la 25e heure
On les a vus battre campagne, promettre rupture, justice, alternance. Mais sitôt la décision tombée, ils ont rangé pancartes, slogans et colère. Leur nouveau mot d’ordre : « La force de la chose jugée », « Elégance républicaine ». Et cerise sur le kérosène : certains invoquent le Pr Maurice Kamto, qui, en d’autres temps, au gouvernement, justifiait la sacralité des institutions.
C’est à se demander si la mémoire politique ne souffre pas d’amnésie sélective. Ou si le goût du strapontin ne provoque pas une soudaine crise de loyauté.
La chose jugée… et digérée
Le Conseil Constitutionnel a parlé, disent-ils. Donc, circulez, y’a plus rien à contester. Peu importe que les PV soient introuvables, que les chiffres ne concordent pas, que la rue gronde. L’essentiel est que le rideau soit tombé, et que chacun retrouve son fauteuil (ou en rêve encore).
Mais alors, ceux qui accusaient ces opposants de servir de vernis au système n’avaient-ils pas vu juste ? En validant la fin de partie aussi vite, ils confortent l’idée qu’ils étaient venus légitimer un processus déjà ficelé.
La République du renoncement poli
On parle de politesse républicaine, mais ce qui se lit, c’est la résignation tactique, voire la reddition stratégique. Car que peut-on encore espérer d’un acteur politique qui, après avoir dénoncé les règles du jeu, applaudit le gagnant avec des trémolos dans la voix ?
Ils invoquent le sacré, alors qu’il ne reste que le théâtre. Ils parlent de responsabilité, alors qu’ils fuient l’exigence de vérité. Comme le disait cyniquement un vieux sage : « Quand le buffet est bien garni, les convictions deviennent flexibles. »
À quoi sert l’opposition ?
La vraie élegance républicaine, c’est dire la vérité au pouvoir, même quand cela dérange. Pas de jouer les figurants d’une pièce écrite ailleurs. En se pressant de féliciter, ces opposants d’un soir deviennent les complices d’un désastre démocratique.
Le peuple observe. Il compte les morts. Il ferme ses boutiques sous la menace. Il subit pendant que certains dégustent leurs petites nominations.
À force de vouloir paraître responsables, ils deviennent invisibles. Et bientôt, la rue n’aura plus besoin d’eux pour exister.
