MARCHE AUTORISÉE, DÉMOCRATIE EN MARCHE ARRIERE
À Douala, alors que toute manifestation de rue est interdite par arrêté préfectoral, jusqu’à la prestation de serment du nouveau président de la République, une marche de soutien à Paul Biya s’est tenue en toute tranquillité, encadrée par les forces de l’ordre. Ce deux poids deux mesures relance le débat sur la sincérité des autorités en matière de liberté d’expression et de démocratie.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Quand les règles sont à géométrie variable
Dans son arrêté du 14 octobre 2025, le préfet du Wouri, Sylyac Marie Mvogo, est formel : « tout regroupement ou attroupement, toute marche, tout mouvement d’humeur et toute manifestation publique non déclarée ne seront tolérés durant cette période ». Officiellement, il s’agit d’anticiper d’éventuels troubles liés à la tension post-électorale. Mais, visiblement, l’arrêté n’est pas applicable à tout le monde.
Ce 24 octobre, au carrefour Ancien Étage à New-Bell, une marche de soutien au président sortant, Paul Biya, s’est déroulée dans le calme… et avec la bénédiction des forces de l’ordre. Les organisateurs ? Des jeunes de la communauté Haoussa, arborant des tenues blanches, brandissant des pancartes à la gloire du « champion », sous le regard passif — mais digne — des partisans de Issa Tchiroma.
La République en mode sélectif
Ce n’est pas la marche en soi qui choque, c’est sa validation tacite par les autorités. À croire que la République ne reconnaît le droit de manifester qu’à ses fidèles. Ceux qui osent marcher dans le sens contraire sont, eux, taxés de « velléités de trouble à l’ordre public ». Comme disait Orwell : « Tous les citoyens sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres. »
Un parfum de provocation ?
Les quelques piques lancées par les marcheurs aux observateurs pro-Tchiroma n’ont pas dégénéré, signe que certains savent encore garder leur sang-froid. Mais on sent bien que l’intention n’était pas totalement pacifique. Il fallait provoquer, tester les nerfs, montrer qui tient la rue.
Idrissou Sarki Samari, organisateur de la marche, parle de « démarche citoyenne ». Très bien. On attend avec curiosité sa réaction le jour où d’autres « citoyens » décideront de marcher… pour un autre camp.
Vers une démocratie à sens unique ?
La démocratie ne se mesure pas seulement à la tenue d’élections, mais à la manière dont on traite l’expression plurielle des opinions. À ce rythme, on risque de transformer la rue en instrument de domination politique.
Espérons que les autorités, demain, feront preuve de la même tolérance si le vent tourne.
Sinon, comme le dit si bien un vieux proverbe Kamerunais : « Quand tu interdis à ton voisin d’allumer le feu, n’oublie pas que toi aussi tu peux avoir froid demain. »
