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DÉMOCRATIE MUSELÉE

À l’occasion des récentes sessions pour la désignation des exécutifs régionaux, un vieux débat refait surface : celui de la tension entre la démocratie et la discipline de parti. Quand l’étiquette prime sur la légitimité, et la centralisation sur la base, la démocratie interne s’efface. Dans l’ombre des réseaux, les militants authentiques cèdent la place aux apparatchiks nommés et parachutés.

La base oubliée, le sommet imposé

Dans nombre de régions, les conseils sont devenus des prolongements de la volonté du sommet, non des expressions de la base. Ceux qui, au quotidien, portent le parti à bout de bras dans les villages, quartiers et arrondissements sont ignorés au profit des « grosses pointures » venues de Yaoundé. : « Militer au village, c’est comme labourer une terre dont les fruits sont cueillis à Etoudi. » ironise un militant.

On voit ainsi surgir, à la veille des investitures, de nouveaux « militants », fraîchement promus ministres ou DG, qui s’imposent et/ou imposent candidats naturels. Leur seul CV politique : un carnet d’adresses et des valises pleines.

Discipline ou verrouillage ?

La discipline de parti, souvent invoquée, devient un mot-valise pour justifier l’exclusion des voix divergentes. Pourtant, une démocratie sans débats internes devient une caricature d’elle-même. Comme le disait Michel Rocard : « Un parti sans tendances est un parti sans âme. »

Au lieu d’encourager le pluralisme interne et la compétition saine, certains appareils verrouillent, imposent et excluent. L’opacité des procédures, l’absence de primaires ou de consultations véritables trahissent un mépris du peuple censé être souverain.

Corruption et allégeance : les vrais critères de choix ?

Des témoignages font état de pratiques douteuses : achats de voix, promesses d’emplois, intimidations… La politique devient alors un marché où gagne celui qui paie le plus, pas celui qui propose le mieux. « Ce n’est plus un vote, c’est une vente aux enchères, » soupire un conseiller frustré.

Cette dynamique mine la légitimité des élus locaux et alimente la défiance envers les institutions régionales, pourtant pensées comme des leviers de développement.

Et le peuple dans tout ça ?

Grand oublié de ce théâtre politicien, le citoyen assiste, impuissant, à une guerre d’élites. Son avis ne compte pas. Son vote ne détermine rien. À quoi bon parler de démocratie régionale si les exécutifs sont choisis ailleurs ?

Discipline ou démocratie ? La vraie loyauté, c’est envers le peuple

Entre démocratie et discipline de parti, le choix ne devrait pas exister. La discipline n’a de sens que si elle sert un projet collectif, issu de la volonté populaire. Quand elle devient un outil d’exclusion, elle trahit l’esprit même du politique. Comme le disait Thomas Sankara : « On peut emprisonner un homme, pas ses idées. »
Il est temps de rendre aux militants leur place, et au peuple sa voix. La démocratie ne se décrète pas d’en haut. Elle se construit à la base, avec justice, transparence et respect.

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