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RÉCONCILIATION NATIONALE OU RÉHABILITATION SELECTIVE ?

À quelques semaines de la présidentielle d’octobre 2025, les discours des candidats fleurent bon la réconciliation nationale. Mais à bien écouter, cette réconciliation semble n’avoir qu’un seul visage : celui d’Ahmadou Ahidjo. Et les autres ? Ceux qui ont versé leur sang pour que le Kamerun soit libre, mais qui dorment en exil ou dans l’oubli ? Le peuple doit refuser cette farce !

C’est devenu un refrain : « Il faut rapatrier les restes du président Ahmadou Ahidjo », clament les candidats, toutes tendances confondues. L’homme du 1er novembre 1982, par qui le flambeau a été transmis, sous haute surveillance, au régime actuel. Le même qui, au passage, avait soigneusement orchestré la liquidation de l’opposition nationaliste, avec la bénédiction de ses parrains d’hier. C’est donc ça, la réconciliation version 2025 ? Faire revenir un ancien président mort à Dakar, pendant qu’on laisse pourrir dans le silence les tombes de ceux qui ont lutté, résisté, et payé de leur vie l’indépendance de ce pays ?
Tous les candidats s’accordent à appeler l’autre « père de la nation ». Mais de quelle nation parlent-ils ? Celle des bourreaux ou celle des résistants ? Celle qui a pactisé avec les colons ou celle qu’on a traînée dans les maquis et les prisons coloniales ?

Mais où sont donc passés les autres morts du combat pour l’indépendance ? Qui parle encore de Félix-Roland Moumié, empoisonné à Genève, dont la tombe en Guinée est en friche ? Qui se souvient d’Abel Kingué, décédé en exil au Caire ? D’Osendé Afana, décapité ? De Singap Martin tué et jeté en forêt ? De Emock Elang oublié en Angola et autres Daniel Ngon qui git dans un cimetière de la République du Congo; tous effacés du récit national comme de simples notes de bas de page ? Où sont leurs monuments ? Où est leur dignité ? Étrange conception de la réconciliation que celle qui ne se préoccupe que d’un pan de l’histoire, celui béni par le colon et légué comme testament au régime actuel. À force de chanter les louanges d’un passé univoque, nos politiciens s’apprêtent à raccommoder un tissu national déjà déchiré… avec du fil néocolonial.
Cette réconciliation qu’on nous vend est une imposture. Une opération de blanchiment politique au profit du même système qui a tué, trahi, et continue de verrouiller le pays. Elle ne vise pas la paix. Elle vise le silence. Elle vise à imposer un récit officiel, nettoyé, désinfecté, amputé de la vérité.

Et si, sous les habits du pardon, se dissimulait en réalité un recyclage du récit néocolonial ?
Si réconciliation il doit y avoir, qu’elle commence par la vérité. Et si retour de dépouille il faut, que les cercueils ne soient pas choisis selon la carte du parti ou les couleurs du drapeau du colon. Car une Nation qui choisit ses martyrs comme on sélectionne les invités d’un banquet n’est pas en paix avec elle-même.

Tant que les martyrs de l’indépendance ne seront pas réhabilités, tant que le Kamerun continuera de célébrer ses bourreaux et d’oublier ses héros, nous n’applaudirons pas. Parce que nous ne sommes ni dupes, ni amnésiques.

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