… ET LA DÉMOCRATIE EN RETARD
On dit dans le métier que le train qui arrive à l’heure n’est pas une information. Mais que faire quand ce train-là transporte, sans surprise, une réforme constitutionnelle majeure ? L’adoption de l’instauration d’un vice-président nommé par le chef de l’État n’a surpris personne. 205 voix pour et seulement 16 contre. Et c’est précisément cela qui interroge : une démocratie où tout est prévisible est-elle encore une démocratie vivante ?
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Une réforme sans suspense : la mécanique bien huilée
Le Congrès a tranché. Sans trembler, sans dévier, sans même donner l’illusion d’un doute. L’instauration d’un poste de vice-président nommé par le président de la République est désormais actée. Une formalité, diront certains. Une évidence, diront d’autres.
Dans une configuration où la majorité parlementaire est largement acquise au pouvoir, l’issue ne faisait aucun mystère. Cette « majorité obèse », comme la qualifient certains observateurs, n’avait ni intérêt ni vocation à contrarier un projet issu de son propre camp.
Même les voix dites dissonantes ont joué leur partition en connaissance de cause. Un théâtre politique où chacun récite son texte, sans jamais espérer changer la fin de l’histoire. Car ici, « l’homme ne mord pas le chien » : l’imprévu n’a pas sa place, et la rupture encore moins.
Quand le résultat d’un vote est connu d’avance, ce n’est plus un débat, c’est une formalité.
Une démocratie d’apparence : le vernis pluraliste
Ce qui se joue dépasse largement cette réforme. C’est la nature même du jeu démocratique qui est en question. Peut-on encore parler de compétition électorale lorsque les règles, les arbitres et les acteurs principaux restent inchangés ?
Les élections, dans leur configuration actuelle, produisent invariablement le même type de résultats : une majorité fidèle au système, entourée de quelques élus d’opposition. Une opposition tolérée, parfois bruyante, mais structurellement incapable d’inverser les rapports de force.
Ce pluralisme de façade agit comme un vernis démocratique. Il donne à voir une diversité d’opinions, sans jamais permettre une alternance réelle. Une mise en scène qui entretient l’illusion du choix, tout en verrouillant l’issue.
Une démocratie sans alternance possible est une démocratie en trompe-l’œil.
La transition comme nécessité politique
Face à cette répétition mécanique, une idée refait surface avec insistance : celle de la transition. Non pas comme un slogan, mais comme une exigence politique.
Car tant que les élections se dérouleront avec les mêmes lois, les mêmes institutions et les mêmes acteurs, les résultats resteront inchangés. Le système se reproduira lui-même, indéfiniment, à l’abri de toute remise en cause profonde.
Une transition véritable supposerait de rebattre les cartes : réformer les règles du jeu, garantir l’indépendance des institutions, restaurer la confiance dans le processus électoral. En somme, créer les conditions d’une compétition réelle.
Sans cela, chaque réforme, aussi importante soit-elle, restera prisonnière du même schéma : décidée en amont, validée sans surprise, et intégrée dans un système qui ne se transforme jamais.
On ne change pas les résultats sans changer les règles du jeu.
Quand la prévisibilité remplace le choix :
Le train est arrivé à l’heure. Comme prévu. Mais à force de ponctualité politique, c’est la destination qui finit par inquiéter. Car une démocratie où tout est écrit d’avance cesse d’être un espace de choix pour devenir un simple rituel. Et dans ce rituel, le citoyen n’est plus acteur : il devient spectateur. La vraie question n’est donc plus de savoir si le train arrivera à l’heure, mais s’il est encore possible d’en changer la direction
