PORT AUTONOME DE DOUALA: l’ÉTAT EN ROUE LIBRE
Ce qui se donne à voir autour du Port autonome de Douala n’est plus une simple confusion administrative. C’est le spectacle affligeant d’un État en roue libre, sans commandement clair, sans discipline gouvernementale et sans sens de la responsabilité. Quand le désordre devient structurel, la question n’est plus de savoir qui parle, mais qui commande encore.
Une chronique de HIlaire NGOUALEU HAMEKOUE
Une cacophonie indigne d’un État
Même les plus fervents défenseurs du système en viennent à s’interroger : y a-t-il encore un capitaine à bord ? Autour du Port autonome de Douala, la parole publique est devenue une farce. Un ministre annonce, un autre contredit. Les décisions se succèdent sans cohérence, les communiqués se neutralisent mutuellement.
Plus grave : le Premier ministre, pourtant constitutionnellement chef du gouvernement, se retrouve à désavouer publiquement un ministre. Scène surréaliste. Dans un État sérieux, elle aurait entraîné soit une clarification immédiate, soit des départs. Ici, elle passe.
« Quand le chef du gouvernement n’impose plus la ligne, l’État se dissout dans le bruit. »
Un gouvernement obèse, inefficace et incontrôlé
Cette dérive n’est pas fortuite. Elle est la conséquence directe d’un gouvernement pléthorique, hypertrophié, où trop de ministres se disputent les mêmes périmètres, les mêmes leviers, les mêmes projecteurs.
Faute d’arbitrage clair, chacun parle pour exister, chacun décide pour marquer son territoire. Le gouvernement ne gouverne plus : il s’observe, se jalouse et se contredit. L’autorité se dilue à mesure que les portefeuilles se multiplient.
« Un État qui parle trop est souvent un État qui n’agit plus. »
Le secret d’État livré à la rue numérique
Comme si cela ne suffisait pas, des documents administratifs, parfois frappés du sceau de la confidentialité, se retrouvent exposés sur les réseaux sociaux. Notes internes, correspondances officielles, décisions sensibles : tout fuit, tout circule, tout se commente.
Aucune enquête sérieuse, aucune sanction visible. Le secret d’État est traité avec la légèreté d’un tract de campagne. Ce laxisme n’est pas anodin : il traduit un effondrement de la chaîne de responsabilité.
Sept ans de stagnation, zéro sanction
Les mêmes visages occupent les mêmes postes depuis près de sept ans. Sept années de conflits larvés, de rivalités internes, d’inefficacité assumée. Aujourd’hui, ils ne travaillent plus ensemble ; ils se regardent « en chiens de faïence ».
Pourtant, personne ne bouge. Personne ne tombe. Dans cette République, l’échec n’est plus un motif de remise en cause. L’indiscipline n’est plus une faute. L’incompétence n’est plus un problème.
« Là où l’échec ne coûte rien, la médiocrité devient un système. »
Le désordre comme méthode de gouvernement
À force de répétition, le doute s’installe : et si ce chaos était volontaire ? Une mise en scène permanente pour occuper l’opinion, noyer les débats essentiels dans des polémiques secondaires. Pendant que les ministres se chamaillent, les vraies questions — gouvernance du port, souveraineté économique, performance stratégique — disparaissent de l’agenda public.
La confusion devient alors une arme politique. Une distraction organisée.
Quand l’État abdique
Un État sans discipline, sans sanctions et sans cap clair finit toujours par perdre le respect de ses citoyens. Le Port autonome de Douala n’est ici qu’un révélateur. Ce qui se joue est plus grave : c’est la banalisation du désordre au sommet de la République.
Or, un pays ne se dirige pas dans le vacarme. Quand plus personne ne commande, c’est le chaos qui gouverne. Et une République livrée au chaos finit toujours par se fracasser.
