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VOTE À LA PEUR

Alors qu’une élection présidentielle devrait être un moment de célébration démocratique, c’est la peur qui règne sur le Kamerun. Psychose, rumeurs, silence officiel, interdictions arbitraires, déploiements des forces de sécurité La démocratie est sous tension. la proclamation du résultat, attendue le 27 octobre, fait trembler plus qu’elle ne rassemble. Et si ce climat n’était pas le fruit du hasard ?

La où l’information manque, la rumeur devient loi

Le peuple a voté. Mais il ne célèbre pas. Il attend, tendu, angoissé, comme s’il redoutait une catastrophe imminente. Et c’est bien là tout le drame : comment un événement censé être festif, symbole de la souveraineté populaire, se transforme-t-il en scène de terreur collective ?
La réponse est dans les actes et les non-dits. Depuis plusieurs jours, des rumeurs persistantes ont annoncé la proclamation prématurée des résultats le 23 octobre. Douala, Yaoundé, Bafoussam, Garoua… partout, les signes d’une inquiétude grandissante étaient visibles : rues désertées plus tôt que d’habitude, taxis en retrait, zones commerciales moins animées, retrait massif de liquidités dans les banques, et même départ précipité de certains fonctionnaires vers leurs villages. Comme si le pays s’attendait à l’orage.
Les autorités ont gardé le silence, laissant la peur se répandre et donner le sentiment général que quelque chose de grave se prépare.

Et comme pour valider la psychose, ces mêmes autorités ont multiplié les signaux contradictoires : interdiction de circulation des motos de 18h à 6h, forte concentration des FMO dans certains quartiers sensibles, convocations communautaires ciblées, fermetures anticipées de commerces, messages d’appel au calme couplés à des menaces à peine voilées. Tout y est. Sauf la transparence.

« Un État qui fait peur à son peuple est un État qui a perdu sa légitimité. » Aimé Césaire dixit!

L’inquiétude devient légitime : si les autorités ne préparent rien d’irrégulier, pourquoi tant de crispation ? Pourquoi cette sur-militarisation ? Pourquoi cette communication trouée ? À moins que la peur ne soit un instrument politique, entretenu pour neutraliser toute contestation éventuelle du résultat.
Et justement, le Conseil Constitutionnel vient d’annoncer que les résultats seront proclamés le 27 octobre, balayant la rumeur du 23. Mais le mal est fait. Les Kamerunais vivent l’attente comme un supplice, les yeux rivés sur les quartiers chauds, les oreilles attentives aux moindres détonations, et les cœurs battant au rythme des décisions imprévisibles d’un régime vieillissant.

Le fort déploiement des forces de maintien de l’ordre (FMO) n’a pas aidé. Au contraire, il a renforcé l’angoisse. Pourquoi ces blindés, ces escadrons, ces patrouilles renforcées ? À quoi s’attend-on ? Ce silence des autorités, face à la rumeur, était-il un calcul stratégique ou une négligence coupable ?

On ne construit pas la paix avec la peur. Et on ne gouverne pas durablement par le silence et la menace. Cette élection, qui aurait dû redonner confiance, a renforcé les soupçons. Il est temps de sortir de ce cercle vicieux, de refonder les institutions, et de faire des élections un moment d’espoir, non de repli.

Comme le disait Mandela : « La liberté, ce n’est pas seulement se libérer de ses chaînes, mais vivre d’une manière qui respecte et renforce la liberté des autres. »

Le Kamerun mérite mieux que des urnes entourées de boucliers.

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