DE QUOI JE ME MÊLE ?
Le retour annoncé de Maurice Kamto à la tête du MRC, prévu le 29 novembre, fait crépiter les claviers. Entre soutiens enthousiastes et adversaires politiques malicieux, l’événement, pourtant interne à un parti, devient débat national. Pendant ce temps, les thuriféraires du pouvoir y voient une occasion rêvée de justifier la longévité de Monsieur Paul Biya. Mais une question s’impose : pourquoi ce qui relève de la vie privée d’un parti déclenche-t-il tant de réactions dans la République tout entière ?
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Kamto revient… et alors ?
Maurice Kamto reprend les rênes du MRC. Voilà une information qui, en démocratie normale, aurait le statut d’un simple bulletin de parti : affaire interne, procédure prévue, congrès en bonne et due forme.
Mais ici, ça vire à la crise nationale. Certains l’applaudissent, d’autres le vilipendent. Pire : le camp présidentiel s’en empare pour dire que Paul Biya n’a finalement rien à envier à qui que ce soit.
“Il est là depuis 40 ans ? Mais regardez Kamto !”
Une rhétorique qui ne convainc que ceux qui confondent mandat électoral national et mandat partisan interne.
Comparaison n’est pas raison
Il est tout à fait logique qu’un leader politique soit reconduit s’il conserve la confiance de sa base. Le retour de Kamto est donc le fruit d’un choix militant.
Ceux qui y voient un parallèle avec la longévité présidentielle feignent d’ignorer une nuance essentielle :
Diriger un parti ≠ diriger un pays.
Le militant choisit son président de parti. Le citoyen, lui, vote (du moins, il essaie) pour son président de République. Confondre les deux, c’est brouiller volontairement les repères démocratiques.
Chaque parti ses affaires
Dans une démocratie digne de ce nom, chaque formation a ses textes, son idéologie, son tempo. Si les militants du MRC décident de reconduire leur président, cela regarde le MRC.
De la même manière, si ceux du RDPC veulent leur président à vie, c’est leur cuisine interne.
Là où ça dérape, c’est quand le RDPC confisque l’État, fait du pays une extension de son bureau politique, et impose à tous un choix qui ne regarde que ses adhérents.
“Le chef du parti est le chef de l’État” : voilà le nœud du problème.
La mauvaise foi comme idéologie
“Kamto aussi est éternel président.”
“On critique Biya, mais regardez l’opposition.”
Ces refrains sont souvent servis pour éviter le vrai débat : l’alternance, l’égalité des chances, la démocratie réelle.
En réalité, le problème du Kamerun n’est pas qu’un opposant reste à la tête de son parti. C’est qu’un président reste à la tête d’un pays sans contre-pouvoirs, sans élections crédibles, sans alternance.
On ne compare pas une trottinette et un camion-benne.
Le choix, c’est d’abord le leur
Maurice Kamto, reconduit ou non, ne dirige que ceux qui l’acceptent. Paul Biya, lui, prétend diriger tout un peuple, y compris ceux qui ne veulent plus de lui.
Alors oui, que chaque parti gère ses affaires. Que les militants fassent leurs choix. Mais surtout, qu’on cesse de vouloir imposer à la nation entière un choix partisan maquillé en volonté nationale.
Et à ceux qui s’indignent du retour de Kamto : de quoi vous mêlez-vous, en fait ?
