ON NE TUE PAS LE POUSSIN DE DIEU
Quatre ans après l’assassinat ignoble de Martinez Zogo, sa mémoire reste plus vivante que celle de ses assassins présumés. Un simple journaliste au micro trop bruyant. Chaque jour, son nom ressurgit comme un rappel que les morts injustes ne disparaissent jamais totalement.. Et voilà que des morts « oubliés » comme Mgr Benoît Mballa réapparaissent dans le débat, preuve que l’Histoire a de la mémoire… surtout quand le mensonge s’essouffle.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Le mort le plus vivant du Kamerun
« La véritable mort survient uniquement lorsque l’oubli total s’installe« , disait saint Augustin.
Si c’est vrai, alors Martinez Zogo n’est pas mort. Il vit dans chaque recoin de la mémoire collective, dans les regards méfiants, les silences coupables, les invocations douloureuses.
Il hante les palais, les studios, les réseaux. Il est le mort dont on parle plus que les vivants.
Les morts ne veulent plus dormir
En ce mois de novembre, ce n’est pas seulement Martinez Zogo qui revient.
C’est tout un cimetière d’injustices qui se réveille. Samuel Wazizi, dont on n’a jamais vu le corps mais dont la mort a été annoncée comme une note de service.
Bibi Ngota, mort dans une cellule pour avoir dérangé la République avec des documents embarrassants.
Jules Koum Koum, journaliste d’investigation, fauché en pleine fouille de vérité.
Tous ces noms reviennent. Tous ces morts, comme en réunion, semblent se donner la main pour hanter une nation trop habituée à enterrer vite et à oublier encore plus vite.
Le crime sans date de péremption
L’affaire Zogo a ceci de spécial qu’elle résiste au temps, à l’intimidation, à la manipulation.
Chaque tentative de l’enterrer dans le brouillard ravive au contraire les braises.
Plus les versions officielles se contredisent, plus l’opinion se durcit.
Et pendant ce temps, les autres morts s’invitent dans le dossier, comme si la vérité de l’un allait entraîner celle des autres.
On croyait tuer un homme, un « petit », on a éveillé une mémoire
Ils pensaient tuer un journaliste bavard.
Ils ont créé un totem.
Une cause.
Un déclencheur de mémoire nationale.
Celle d’un peuple qui commence à relier les points, à comprendre que chaque assassinat impuni n’est pas un fait divers, mais un symptôme. Symptôme d’un système qui fabrique des martyrs pour préserver ses monstres. Pire (ou mieux ?), son spectre peut réveiller ceux d’autres martyrs oubliés.
Les morts ont la parole
Martinez Zogo ne réclame pas seulement justice pour lui.
Il est devenu l’avocat spectral de tous les autres : Wazizi, Ngota, Koum Koum, Anye Ndeh Soh et les sans-noms.
Leur retour n’est pas une coïncidence, c’est une résistance posthume.
Et comme disait l’autre :
« La tombe est incapable de contenir la vérité.«
Alors qu’ils reposent sans paix, que ceux qui vivent sans conscience sachent :
Quand le poussin est celui de Dieu, on ne touche pas sans être foudroyé. Et on n’enterre pas la vérité avec des mensonges.
