Le Kamerun regorge d’institutions censées garantir la bonne gouvernance, les droits humains et la lutte contre la corruption. Pourtant, le quotidien du citoyen Kamerunais est jonché d’abus, de tracasseries, d’humiliations et de détournements en plein jour.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Dans ce pays, on ne peut pas dire qu’il manque des structures. Au contraire, on en a à revendre. ANIF pour la lutte contre le blanchiment. CONAC pour la corruption. Le Contrôle supérieur de l’État pour surveiller la gestion publique. La Commission des droits de l’Homme pour, justement, protéger les droits humains, de multiples observatoires et des régulateurs. Les murs des ministères, des postes de gendarmerie et même des marchés sont tapissés de messages d’éveil citoyen, avec des numéros verts à appeler en cas de…. Mais entre la belle prose affichée et la laideur vécue, il y a tout un monde. Les numéros abrégés signalent Un encombrement régulier, et quand le contact passe, le correspondant, après un interrogatoire fini par vous envoyer ballader.
Qui, au Kamerun, ignore qu’on doit « négocier » sa libération en cellule, même quand on est innocent ? Que sur la route, les hommes en tenue ne contrôlent pas, ils collectent. Que pour obtenir un simple extrait de casier judiciaire, un certificat de nationalité, ou un titre foncier, il faut huiler des mains pourtant grasses ? Et que dire des concours, où le mérite a longtemps perdu la bataille contre les enveloppes ?
Face à ce décor, on se demande ce que font les institutions. Manquent-elles de moyens ? De courage ? Ou bien font-elles partie du décor, simples figurantes dans la grande pièce du faux-semblant institutionnel ?
À ce rythme, dans notre pays où les institutions veillent… mais ferment les yeux, il faudra bientôt créer une autre institution : la Commission Nationale des Institutions Inefficaces. Voilà au moins un organe dont on pourra garantir le rendement… en inaction.
