À moins d’un mois de la présidentielle, alors que l’on attendait du gouvernement une intensification de l’action publique en réponse aux attentes des citoyens, c’est plutôt un ballet littéraire qui s’orchestre autour du candidat Paul Biya. Trois membres du gouvernement, en une semaine, ont troqué leur fonction régalienne contre celle de panégyristes zélés. Dédicaces, éloges, caricatures héroïques… Le culte de la personnalité atteint son pic, et interroge.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Le Kamerun fait face à de nombreux défis : insécurité dans certaines régions, inflation galopante, services sociaux en souffrance, jeunesse désabusée. Pourtant, certains membres du gouvernement ont trouvé un autre centre d’intérêt : la glorification littéraire de leur champion. Jacques Fame Ndongo, fidèle griot du régime ; Narcisse Mouelle Kombi, ministre des sports devenus biographe ; Manaouda Malachie, ministre de la santé soudain converti à la plume politique… Tous s’illustrent désormais comme auteurs de circonstance.
Une bande dessinée, un essai, un récit : le tout sur Paul Biya, présenté comme visionnaire, bâtisseur, homme de paix… La manœuvre est-elle de nature à convaincre un électorat jeune, connecté, lucide ? Difficile à croire. Ces productions, aussi soignées soient-elles, donnent une image déconnectée d’un exécutif qui semble avoir troqué l’action contre l’adoration.
À force de chanter les louanges d’un homme que l’on dit omniprésent mais qu’on ne voit plus, les ministres risquent de rendre un bien mauvais service à leur champion. Comme le disait si bien Frantz Fanon : « Quand le colonisé devient courtisan du pouvoir, il perd l’oreille du peuple. » La vraie campagne ne se fera pas dans les salons feutrés des hôtels ou dans les pages de livres imprimés à la hâte et au discours laudateur. Elle se fera sur le terrain, là où le peuple attend des réponses, pas des éloges.
