Depuis 1984, Paul Biya a construit ses campagnes sur des slogans aux promesses fortes. À 92 ans, il nous invite à la « grandeur et espérance ». Mais que reste-t-il des engagements passés ? Et surtout, que peut-on encore espérer après quatre décennies de pouvoir solitaire ?
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
1984, à peine installé après la démission d’Ahidjo, Paul Biya promettait la « rigueur et la moralisation ». L’enthousiasme était réel. Le peuple y a cru. Mais très vite, la rigueur a cédé la place aux réseaux, et la moralisation à l’impunité.
1992, sous pression démocratique, il devient « l’homme lion ». Une image de force. Pourtant, ce fut l’année du multipartisme étouffé, du hold-up électoral, des violences post-électorales.
1997, on nous vend « le meilleur choix ». L’élection est boycottée par l’opposition. Le pouvoir se consolide dans l’entre-soi. Le pays s’enfonce dans la gestion clanique.
2004, cap sur « les grandes ambitions ». Les chantiers sortent enfin des cartons, mais à quel prix ? La corruption devient structurelle, le gaspillage légendaire.
2011, voici venu le temps des « grandes réalisations ». Autoroutes inachevées, barrages sans eau, logements sociaux hors d’accès… Le slogan aura été plus solide que les infrastructures promises.
2018, le chef devient « la force de l’expérience ». Mais l’expérience de quoi ? De l’immobilisme ? De l’exclusion ? De la confiscation du débat national ?
Et voilà 2025. « Grandeur et espérance ». Grandeur de quoi ? Espérance pour qui ? Peut-on espérer encore quand le même homme, après 43 ans de pouvoir, nous parle d’avenir, sans jamais assumer le passé ?
Les slogans passent, les problèmes restent. Paul Biya aura été le président des mots, rarement celui des actes. Aujourd’hui, espérer, c’est peut-être oser tourner la page. La grandeur véritable serait de laisser la place.
« À force de promettre demain, on finit par oublier qu’hier n’a jamais tenu ses promesses. »
