LE BAL DES DISTRACTIONS OU LA RÉPUBLIQUE DU RIDEAU DE FUMEE
Alors que les Kamerunais attendent fébrilement que la proclamation des résultats de la présidentielle du 12 octobre 2025 livre la vérité des urnes, les pouvoirs publics semblent enclencher une opération de diversion à grande vitesse, le vieux démon de la distraction nationale : Pandémie en réédition, réunions ethniquement ciblées, appels à l’apaisement en même temps que provocations… Bienvenue dans le Kamerun post-électoral où l’on crie « paix » à gauche pendant qu’on distribue des allumettes à droite. Tout se passe comme si la machine étatique s’était reconvertie en illusionniste de crise.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Nous y sommes. Le cœur du cyclone électoral. Et pendant que le peuple compte ses angoisses, le régime sort sa trousse de magicien. C’est une vieille recette qui a longtemps fonctionné : quand le feu de la vérité s’approche, détourner l’attention avec du bruit. Le ministre de la Santé, très inspiré, annonce dans un élan prophétique le retour probable de la Covid-19. Oui, en 2025.. Est-ce pour nous obliger à remettre nos masques… ou pour masquer autre chose ?
Aucun pic enregistré, aucun cluster déclaré, mais voilà, il faut « rester vigilant ». En langage politique Kamerunais : détournez les regards.
Comme si cela ne suffisait pas, des communiqués commencent à circuler : appels à l’apaisement, à la retenue, à la paix… La sainte paix ! Récitée sur toutes les lèvres officielles avec une ferveur suspecte. Le hic ? C’est que dans le même temps, les provocations pleuvent : insultes médiatisées, falsifications présumées de procès-verbaux, intimidations localisées. On appelle à la paix d’une main pendant qu’on attise le feu de l’autre. La schizophrénie politique a trouvé son laboratoire.
Mais la palme du jour revient sans conteste à la convocation signée par le préfet de la Sanaga Maritime. Dans ce courrier à l’intitulé lunaire, le représentant de l’État convie, tenez-vous bien, « les chefs des communautés bamiléké, grand-nord et anglophone » à une séance de travail. Une réunion ethnocentrée, en pleine crise post-électorale, au moment où le pays a le plus besoin d’unité républicaine. Pourquoi ces trois-là ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi dans le silence absolu du pouvoir central ? Ce genre de séquences ne s’invente pas. Elles s’orchestrent.
Et pendant que tout le monde a les yeux rivés sur cette danse macabre, ELECAM, dans un timing dont lui seul a le secret, publie enfin… les listes électorales ! Après le vote. Un peu comme annoncer les invités après le mariage, les plats après le dessert. De quoi nourrir, non pas la démocratie, mais le scepticisme populaire. On ne serait pas surpris que les résultats officiels arrivent après l’investiture.
Au fond, ce cirque cache mal une stratégie vieille comme les dictatures : gérer la crise par le chaos contrôlé. Mais attention : trop jouer avec la peur, c’est finir par perdre le contrôle du feu qu’on a allumé. Le Kamerun mérite mieux que ce théâtre d’ombres. Et ceux qui veulent construire une transition crédible doivent comprendre qu’on ne guérit pas une plaie par la diversion, mais par la vérité. le vent peut balayer les feuilles mortes, mais il n’efface jamais les racines de l’injustice.
« Quand la maison brûle, ce n’est pas le moment de distraire les pompiers avec des chansons. » dit un adage populaire.
