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UN CRIME, MILLE HAINES

L’assassinat crapuleux de Dame Mballa Tsama Marie-Louise, le 6 janvier dernier, a bouleversé l’opinion. Mais au lieu d’unir les Kamerunais dans la compassion et la quête de justice, ce drame est devenu le carburant d’une nouvelle flambée de haine tribale. Accusations hâtives, amalgames dangereux et appels à la violence : la douleur est instrumentalisée, et la République vacille.

Le crime de trop, l’émotion de trop

Le meurtre de Dame Mballa Tsama Marie-Louise est une tragédie. Une vie arrachée, une famille endeuillée, une société choquée. Face à l’horreur, l’émotion est légitime. Mais elle devient toxique lorsqu’elle se transforme en tribunal populaire.

À peine la nouvelle connue, des voix se sont élevées pour désigner des coupables : d’abord l’entreprise Congelcam, puis son propriétaire Sylvestre Ngouchinghe, et enfin par un glissement aussi rapide que périlleux, toute une communauté, les Bamiléké.
« Nous savons qui a intérêt à ce terrain », pouvait-on lire ou entendre ici et là, sans preuve, sans enquête, sans retenue.

Kamerunais, ne tombez pas dans ce piège

Face à ce crime crapuleux et à ces accusations non fondées, les Kamerunais doivent refuser une chose essentielle : choisir leur camp selon l’ethnie.
Ce n’est pas un crime bamiléké.
Ce n’est pas un crime beti.
Ce n’est pas un crime ekang.
C’est un crime point final.
Raisonner en termes tribaux, c’est déjà légitimer le pogrom à venir.
C’est accepter que demain, on tue ou qu’on expulse non pour ce que l’on fait, mais pour ce que l’on est.

Un contentieux foncier transformé en mobile criminel

Pour justifier ce raccourci accusatoire, on exhume une vieille affaire : la vente par Dame Ngono Odile d’un terrain de 9 000 m² à Tongolo à Congelcam, où l’entreprise projette de bâtir un hôtel.
Dame Marie-Louise Tsama, nièce de la venderesse, avait contesté cette transaction, estimant que sa tante n’avait pas qualité pour sortir seule le terrain de l’indivision. Elle avait saisi la justice. Elle avait perdu.

Cela suffit-il pour transformer un différend civil tranché par les tribunaux en mobile de meurtre ?
« Parce qu’il y a eu un procès, alors il y a forcément un assassin derrière », affirme un internaute. Voilà comment naît une rumeur. Voilà comment meurt la raison.

De l’accusation ciblée à la haine collective

Très vite, l’affaire quitte le terrain judiciaire pour basculer dans l’ethnique.
On ne parle plus d’individus, mais de « communauté ».
On ne réclame plus une enquête, mais des représailles.

Des appels circulent :
« Que les Beti et les Ekang se lèvent ! »
« Il faut reprendre nos terres dans le Centre, le Sud et l’Est ! »

Ce ne sont plus des mots : ce sont des allumettes jetées sur un bidon d’essence.
Car derrière ces slogans se cache un projet funeste : opposer des citoyens entre eux, désigner un groupe comme ennemi intérieur, préparer psychologiquement le terrain à la violence de masse.

Quand l’histoire bégaie dangereusement

L’Afrique, et le monde, savent où mènent ces logiques.
Rwanda, 1994. Côte d’Ivoire, années 2000.
Partout, le scénario est le même : un fait divers, une crise politique ou foncière, des rumeurs, puis la diabolisation d’un groupe présenté comme envahisseur ou prédateur.

« Ils prennent tout, ils complotent, ils tuent pour s’approprier nos terres. »
Ces phrases, le Kamerun commence à les entendre trop souvent.

Ce n’est plus une simple dérive verbale. C’est un appel à la guerre tribale. C’est, déjà, un discours de génocide.

L’État face à ses responsabilités

Dans ce climat empoisonné, le silence ou la lenteur de l’État serait une faute politique et morale.
Il faut enquêter vite, sérieusement, publiquement.
Il faut interpeller, entendre, confronter, prouver ou innocenter.

Et il faut aussi poursuivre ceux qui propagent sciemment de fausses accusations et appellent à la violence.
La liberté d’expression n’est pas la liberté de préparer des pogroms.

« La justice doit parler plus fort que la rumeur », disait un magistrat à la retraite. Il a raison.

Faire de la Nation, une réalité

Un crime ne justifie jamais une haine collective.
Une douleur ne donne pas de licence pour inventer des coupables.
Un différend foncier ne fonde pas une guerre tribale.

Si le Kamerun cède à cette pente, alors ce ne sont plus seulement des individus qui mourront, mais l’idée même de nation.
La seule réponse digne à l’assassinat de Dame Mballa Tsama Marie-Louise, c’est la justice, rien que la justice, toute la justice. C’est une enquête rapide, publique, rigoureuse,
et des poursuites contre les meurtriers comme contre les pyromanes tribaux.
Tout le reste est une préparation méthodique au chaos.

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