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QUAND LE MIROIR MENT

Perruques importées, ongles démesurés, cils artificiels, crèmes éclaircissantes… À force de se fabriquer une autre apparence, la femme Kamerunaise contemporaine devient méconnaissable, parfois pour elle-même. Derrière le maquillage excessif et les artifices standardisés, c’est une question plus profonde qui se pose : pourquoi fuyons-nous autant notre image naturelle ?

Le règne du déguisement

Il devient aujourd’hui presque impossible de dresser le portrait naturel de la femme Kamerunaise dans l’espace public. Celle que vous croisez dans la rue, élégante, sophistiquée, parfois spectaculaire, n’est souvent qu’une version montée de toutes pièces. Une fois la perruque retirée, les faux cils décollés, les ongles ôtés et le maquillage effacé, apparaît une autre personne.
Non pas une femme moins belle — mais une femme que l’on ne reconnaît plus.
Ce phénomène n’est plus marginal. Il est devenu la norme. Le naturel est suspect, le simple est assimilé à la négligence, et l’authenticité est perçue comme un manque d’ambition esthétique.

« Quand tout le monde se déguise, celui qui reste lui-même passe pour un intrus. »

La dépigmentation : corriger le Créateur ?

À cette mascarade visuelle s’ajoute un phénomène plus grave encore : la dépigmentation volontaire. Des crèmes aux compositions douteuses promettent une peau plus claire, présentée comme synonyme de beauté, de réussite et parfois de respectabilité sociale.
Le message est clair et violent : être noire ne suffit pas.
À force de vouloir éclaircir la peau, lisser les cheveux, affiner les traits, allonger artificiellement les cils, on donne l’impression que le corps naturel est une erreur qu’il faut réparer. Comme si le Créateur s’était trompé et qu’il fallait, à coups de produits chimiques et d’extensions, corriger son œuvre.

« Se transformer pour plaire finit toujours par déplaire à soi-même. »

Beauté importée, identité sacrifiée

Le plus troublant n’est pas l’usage ponctuel des artifices — car se faire belle n’a jamais été un crime — mais leur généralisation aveugle. Les standards imposés ne viennent pas de nos cultures, de nos histoires, ni de nos esthétiques traditionnelles. Ils sont importés, copiés, reproduits à l’infini sur les écrans et les réseaux sociaux.
Résultat : une uniformisation des visages. Même perruque, mêmes sourcils dessinés au millimètre, mêmes lèvres surdimensionnées, mêmes poses. La diversité qui faisait la richesse de la beauté s’efface au profit d’un modèle unique, souvent artificiel et sans âme.

La pression sociale, ennemie silencieuse

Il serait injuste de faire porter toute la responsabilité aux femmes. La société elle-même impose cette pression. Être “présentable”, “moderne”, “dans le coup” devient une exigence permanente. Le regard des autres pèse lourd, et la peur d’être jugée pousse à l’excès.

Dans un environnement où l’apparence conditionne parfois le respect, l’emploi ou la considération sociale, beaucoup finissent par se conformer pour survivre symboliquement.

« On ne choisit pas toujours le masque que l’on porte, mais on finit par s’y perdre. »

Réapprendre à se regarder

Il ne s’agit pas de condamner la coquetterie ni de prôner un retour forcé à une austérité esthétique. Il s’agit plutôt de réconcilier la femme Kamerunaise avec son image naturelle. De rappeler que la beauté n’a pas besoin d’être importée, ni corrigée, ni blanchie pour exister.

Le véritable combat est éducatif et culturel : apprendre à aimer ce que nous sommes avant de vouloir ressembler à ce que nous ne serons jamais.
Car une société qui n’assume plus ses visages finit toujours par perdre son âme

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