Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
En 1990, dans un fracas historique aux allures de hold-up institutionnel, les permanences construites à coups de souscriptions populaires sous la contrainte, ont miraculeusement changé de propriétaire. Le RDPC, dans un tour de magie politique sans illusionniste, s’est arrogé la propriété exclusive de ce qui devait appartenir à tous les Kamerunais. Ce précédent n’a visiblement pas servi de leçon.
Aujourd’hui, le même scénario semble se rejouer, cette fois avec un décor encore plus prestigieux : le Palais présidentiel lui-même. Jadis temple de la République, symbole de la souveraineté de l’État, ce haut lieu des institutions semble désormais se prêter à des réceptions aux couleurs d’un parti. Un seul. Toujours le même.
À l’heure où l’on parle de neutralité des institutions, d’équilibre républicain, et d’unité nationale, voilà que le palais d’Étoudi devient le prolongement naturel des permanences du parti au pouvoir. Alors que certains s’offusquait que le Palais des Congrès soit confisqué par le RDPC pour accueillir son siège et des réunions de ce genre, mais là, c’est un pas de plus : le sanctuaire de l’État est habillé aux couleurs d’un clan.
Et c’est le Secrétaire Général de la Présidence qui mène cette opération dans l’indifférence des institutions de veille et de sanctions. Peut-être trouve-t-il normal que le RDPC traite la maison commune comme son salon personnel.
Mais jusqu’où ira cette logique d’appropriation ? Après les permanences, les préfectures, les bâtiments publics repeints au symbole de la flamme… Que reste-t-il à partager entre tous ?
Le palais présidentiel, s’il devient permanence, trahit sa vocation. Et dans une République sérieuse, le lieu du pouvoir ne devrait jamais être confondu avec le lieu du parti.
Car à ce rythme, demain, le drapeau national pourrait bien être remplacé par celui d’un parti. Et on osera encore nous parler de démocratie.
La République est un bien commun. Ce n’est pas une permanence !
