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QUAND L’HISTOIRE BÉGAIE

L’arrestation de Dominique Djeukam Tchameni et d’Anicet Georges Ekane, figures historiques de la lutte démocratique au Kamerun, a ravivé une onde de choc dans le paysage politique. Au-delà des spéculations, cette interpellation soulève des questions sur la mémoire collective, le respect des droits fondamentaux et les leçons tirées des combats passés.

Un passé qui parle au présent

Ceux qui croient que l’histoire du Kamerun contemporain a commencé sur TikTok ou en 2018 gagneraient à ouvrir quelques archives. Dominique Djeukam Tchameni president du Mouvement pour la Démocratie et l’interdépendance (MDI) et Anicet Ekane president du Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (MANIDEM) ne sont pas des figurants du théâtre politique Kamerunais : ce sont des survivants d’une époque où contester valait la prison ou l’exil. Militants de la première heure pour le multipartisme, ils ont porté les combats du Comité d’actions Populaires pour la Liberté et la Démocratie (CAP LIBERTÉ) , de la Cordination des Partis de l’opposition et des Associations, de l’Alliance pour le Redressement du Cameroun par la Conférence Nationale Souveraine (L’ARC-CNS).. . Ils ont défié la pensée unique à l’Assemblée et dans la rue, ont fait la prison et se sont relevés après chaque tempête.

L’arrestation de trop ?

Aujourd’hui, alors qu’ils soutenaient la candidature de Issa Tchiroma dans l’Union Pour le Changement 2025, les voilà interpellés. Pour quelles raisons ? Jusqu’ici, le flou domine. Mais ce flou est, en lui-même, un problème. Car, dans un État de droit, l’arbitraire ne doit jamais avoir droit de cité. Et si les faits qui leur sont reprochés sont graves, alors que justice soit faite. Mais une justice publique, rapide, transparente.

Le piège de l’oubli et des raccourcis

Il est troublant de constater que dans certains cercles, cette arrestation est accueillie avec sarcasme ou indifférence. Peut-être est-ce le signe de notre époque : on oublie vite, on juge à la carte, on clique selon l’humeur. Mais comme le rappelait Amilcar Cabral : « La mémoire des peuples est une arme redoutable. » Et quand on l’émousse, on affaiblit la démocratie.

La présomption d’innocence, pas une option

Dans un contexte de tensions électorales, d’intimidations et de clivages exacerbés, il est vital de se rappeler que la présomption d’innocence n’est pas une faveur, mais un droit fondamental. S’il y a des fautes, qu’elles soient prouvées. Sinon, que la liberté triomphe. À ce stade, l’essentiel est ailleurs : garantir que l’espace politique reste ouvert, juste, et respectueux des règles.

Pour que l’avenir ait un visage

La démocratie n’est pas seulement affaire de bulletin de vote. Elle est d’abord un pacte de confiance entre les citoyens et les institutions. Et ce pacte se fissure à chaque arrestation douteuse, à chaque silence complice, à chaque mémoire piétinée. « Ceux qui oublient le passé se condamnent à le revivre », écrivait Santayana. Il serait temps que nous en tirions, tous, les bonnes leçons.

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