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LES COMMERÇANTS PRIS EN OTAGE

Dans la tourmente post-électorale que traverse le Kamerun, les commerçants sont devenus les otages silencieux d’un bras de fer qui ne dit pas son nom. Entre les mots d’ordre de villes mortes lancés par des contestataires et les injonctions autoritaires des pouvoirs publics, ils paient le prix fort, souvent au péril de leur sécurité et de leur survie économique.

Pris en tenaille : les commerçants sacrifiés

Dans un pays où l’économie informelle soutient près de 80 % de la population, on aurait cru que les commerçants seraient au moins épargnés dans le tumulte post-électoral. Hélas ! Une nouvelle fois, ils sont au cœur d’une pression à double sens. D’un côté, les tenants de la contestation électorale lancent l’opération “villes mortes, pieds morts” du 3 au 5 novembre 2025. De l’autre, les autorités, au lieu de protéger les citoyens, optent pour la répression préventive en menaçant de sceller les commerces restés fermés.

« Que faire quand on est pris entre la peur des manifestants et celle des autorités ? » se demande un boutiquier de Douala, préférant garder l’anonymat. « On nous dit d’ouvrir, mais si ça dégénère, personne ne vient réparer nos vitrines brisées ni panser nos blessures. »

Mémoire courte ou cynisme d’État ?

L’histoire récente du Kamerun est pourtant riche d’enseignements. Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, des commerçants ont été battus en place publique par des séparatistes pour avoir bravé le mot d’ordre de « ghost town ». Les autorités étaient aux abonnés absents. À l’inverse, à Buea ou Bamenda, des boutiques ont été scellées parce que leurs propriétaires, apeurés, avaient choisi de rester chez eux.

Dans les deux cas, ce sont les commerçants qui trinquent. Personne ne les protège. Personne ne les indemnise. Et personne ne leur reconnaît le droit de choisir en conscience quand et comment mener leurs activités.

Liberté conditionnelle ou démocratie coercitive ?

Le paradoxe est glaçant : dans un pays qui se dit démocratique, on interdit à un citoyen de ne pas ouvrir son magasin. On exige de lui qu’il prenne position, alors qu’il ne demande qu’à survivre. À ce rythme, à quand l’arrestation de ceux qui refusent d’acheter ou de vendre le pain un jour de tension ?

« L’État doit protéger, non punir », rappelle un commerçant du marché Mboppi. « Si je ferme, c’est pour ma sécurité. Je paie mes impôts, je respecte les lois. Je ne suis pas un activiste, je suis un vendeur de chaussures. »

Rredonner du bon sens à la gouvernance

À force d’utiliser le bâton là où il faudrait le dialogue, l’État Kamerunais compromet sa crédibilité. Le peuple, lui, ne demande pas grand-chose : juste le droit de vivre, d’acheter, de vendre et de se taire, quand parler est dangereux. Les commerçants ne sont pas des troupes supplétives du pouvoir ou de l’opposition. Ils sont les poumons silencieux de l’économie Nationale. Il sont aussi avant tout des citoyens qui ont aussi le droit d’avoir une opinion politique. Les écraser, c’est asphyxier le pays.

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