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RÉSEAUX ASOCIAUX

Sur les réseaux, des brigades criminelles déversent quotidiennement la haine tribale. Derrière des faux profils ou à visage découvert, des individus ciblent des communautés entières — Bulu, Grassfields — avec une violence gratuite. Pourtant, la loi existe, claire et détaillée. Mais visiblement, on préfère laisser pourrir… tranquillement. Et le Rwanda, lui, nous regarde.

Claviers enragés et écrans empoisonnés

Ils ne construisent rien, mais publient tout. Des profils fantômes — ou à peine masqués — répandent mensonges, accusations sans fondement, archives sélectives et haine ouverte. Les Bulus ? Coupables par essence. Les Grassfields ? Dangereux par ambition. L’écran est devenu une machette moderne
Facebook, WhatsApp, Twitter… devenus lieux de guerre larvée. Une nouvelle race d’activistes toxiques y mène une mission bien claire : enflammer les communautés, attiser les frustrations, pointer des « groupes ennemis » comme causes de tous les maux. Internet est devenu un champ de guerre où l’on tire au tribal

Brigades du mépris, escadrons du mensonge

Fabriquant de feu, distributeurs d’animosité, Ils exhument d’anciens scandales, en créent de nouveaux, alimentent la suspicion entre communautés. On accuse, on étiquette, on radicalise. Une « Brigade de la salissure » bien organisée.
Aujourd’hui, insulter un peuple, c’est devenu une stratégie politique, pas un délit.

La loi dort, la haine poste

Pourtant, le Kamerun ne manque pas d’outils juridiques :

  • La loi N° 2019/020, modifiant le code pénal, criminalise les discours de haine et le tribalisme.
  • La loi N° 2010/012 sur la cybersécurité sanctionne les atteintes à la dignité humaine en ligne.
  • La loi N° 2010/013, modifiée en 2015, impose l’identification des abonnés et des terminaux mobiles.
  • Et un décret de 2015 précise les modalités d’identification, permettant de retrouver les auteurs de messages haineux.
    Mais qui l’applique ? Personne. Les procureurs scrollent, les policiers regardent, les autorités « analysent ».
    Ce n’est pas l’absence de lois, c’est l’absence de volonté. Quand la haine est gratuite… et sans frais de justice, le niveau d’argumentation est abyssal, mais la viralité, maximale.

Le précipice rwandais n’est pas une image

Va-t-on vers une rwandanisation algorithmique ?
Comme au Rwanda des années 90, certains s’habituent à parler en ethnies, à penser en clans. Les réseaux deviennent des radios mille collines numériques. On désigne des groupes, on encourage le rejet, on prône la vengeance. Ça commence toujours par des blagues, des insultes Ça finit toujours dans les larmes et le sang.
« Celui qui laisse la haine courir finit toujours par la retrouver à sa porte », prévient un ancien magistrat.

Si le silence continue à couvrir la haine, la haine finira par couvrir le silence.

Le Kamerun est assis sur une poudrière digitale. Pourtant, il a les lois, les outils, et même les identités des incendiaires. Ce qui manque ? Le courage d’agir. Laisser la haine circuler, c’est la légitimer. La tolérer, c’est la nourrir.
Et pendant qu’on « analyse les tendances », le pays se fragmente, une publication à la fois.
À quand une connexion entre la loi… et le bon sens ? Après tout, s’il y a bien un virus qu’on peut bloquer sans vaccin, c’est celui de la bêtise tribale en ligne.

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