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LES AFFAMÉS DEVANT UN PANIER DE FRUITS POURRIS

Dans quel état psychologique se trouve un peuple à qui on a arraché son pain, confisqué son espoir, broyé ses rêves et qui, un matin, voit apparaître un panier de fruits… partiellement pourri ? Telle est la scène surréaliste que nous offre la présidentielle de 2025.
À quelques jours , le peuple Kamerunais semble résigné à choisir entre des options peu reluisantes. Ce n’est pas l’enthousiasme qui pousse à la participation, mais une faim profonde — celle de justice, de dignité, d’espérance. Une chronique amère, mais lucide.

Le Kamerunais moyen ne croit plus. Il endure. Il survit. Et quand enfin le moment arrive, ce moment tant attendu où le pouvoir est censé retourner au peuple, on lui présente non pas un menu riche de choix sains et nourrissants, mais un panier de compromis, de figures recyclées, de promesses éventées et de slogans préfabriqués.

C’est l’image crue d’un peuple affamé. Affamé de démocratie, affamé de changement, affamé de considération. Un peuple auquel on a volé le repas pendant des décennies, puis qu’on tente aujourd’hui d’amadouer avec un panier de fruits partiellement pourri. Il le sait. Il les sent, il les voit, il les reconnaît. Mais il n’a pas le luxe de les refuser.
Mais que faire quand on a faim ? Quand on est exsangue d’attente ? On fouille. On renifle. On gratte la surface pour dénicher le fruit le moins pourri, le moins avarié, celui qui, peut-être, ne nous rendra pas plus malade que nous ne le sommes déjà.
il faut avoir connu la privation d’espoir pour comprendre pourquoi l’on se précipite sur un fruit douteux, simplement parce qu’il semble moins pourri que les autres. Le moindre mal. Le moins pire. La plus petite honte.
Parce qu’en attendant mieux, il faut tenir debout.

Voilà à quoi se résume l’acte de vote en 2025 pour bien des Kamerunais : un choix par défaut, une gymnastique de résignation.
Car derrière les projecteurs, les promesses de dernière minute, les tee-shirts et les caravanes motorisées, il y a des ventres vides, des poches trouées, des mémoires pleines de trahisons. .Il est aisé de juger ce peuple. De se moquer de son enthousiasme désabusé ou de sa docilité supposée. Mais… Dans ce contexte où le vote devient moins un acte d’adhésion qu’un cri de survie. Non pas voter « pour », mais voter « contre le pire », en espérant secrètement que le moins mauvais puisse, par miracle, faire mieux.

Le drame, ce n’est pas seulement ce panier de fruits douteux, ce n’est pas que le peuple choisisse un fruit pourri. C’est que depuis trop longtemps, on ne lui en propose que cela.
Il s’y habitue, Il s’en contente. On finit par penser que la pourriture est notre lot naturel. Il est urgent de retrouver le goût de l’exigence, l’audace de l’espérance et le courage du discernement.

Car un peuple affamé peut tolérer une saison de privation. Mais il ne pardonne pas éternellement qu’on joue avec sa faim.

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