RÉCOLTE AMÈRE, PARTAGE AMER
Alors que le gouvernement pléthorique de 2018 touche à sa fin, la valse des prétendants s’accélère. Semeurs oubliés, pique-assiettes de dernière heure, transfuges revanchards… tous veulent leur part. Le champ politique devient un marché, où même l’insulte devient stratégie.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Les semeurs invisibles
Ils ont labouré sans relâche, porté la parole, mouillé le maillot dans les tempêtes. Pourtant, ils ont été exclus du banquet. Un ancien militant confie :
« Nous avons semé, mais la récolte ne nous est jamais destinée. »
Ces acteurs de l’ombre restent pourtant les piliers d’un engagement qu’on feint d’oublier au moment du partage.
Les cueilleurs de dernière heure
Ils surgissent toujours à la saison des moissons. Jamais là pour débattre, réfléchir ou construire, mais toujours prompts à se montrer quand tombent les postes.
«L’important, ce n’est pas d’avoir raison, c’est d’avoir une place», glisse un habitué du bashing organisé.
Leur arme favorite : l’insulte ciblée contre les voix critiques, les opposants cohérents ou les intellectuels indépendants.
Les éternels gâtés du régime
Ils n’ont ni semé, ni combattu. Ils reçoivent par filiation, réseautage ou simple servilité. On leur tend toujours la main, même s’ils n’ont jamais rien apporté. La République devient leur terrain de jeu, et l’État un patrimoine familial.
Les transfuges et les kamikazes
Certains, écartés ou frustrés, craquent et se renient. Ils brûlent leur camp d’hier, crachent sur leurs camarades et veulent revenir à la table.
«Ce n’est pas une trahison, c’est un repositionnement », souffle l’un d’eux.
Mais à force de courir derrière les miettes, ils finissent par tout perdre — y compris leur dignité.
Les intellectuels sous attaque
Dans ce climat délétère, même la pensée est devenue suspecte. Des intellectuels comme Calixte Beyala, Jean Pierre Bekolo, les journalistes Biloa et Venant Mboua sont violemment pris à partie.
« Les 3B et leurs affidés méritent bien le nom de compradors, c’est-à-dire des relais de l’Empire et la voix du maître… Ils refusent de grandir. Ils resteront toujours des enfants. » Tranche le Pr Nkolo Foé.
La critique est cinglante, mais symptomatique d’un malaise : dans cette foire au positionnement, tout propos indépendant devient un crime, et tout silence, une complicité.
Quand la politique se réduit à un jeu de partage, elle n’élève plus, elle abaisse. Elle encourage la trahison, la lâcheté et l’opportunisme. Le mérite devient un fardeau, l’engagement un handicap. Et pendant que les vautours se disputent la carcasse, le peuple regarde, lassé.
Si l’on veut récolter mieux demain, il faudra recommencer à semer — honnêtement, durablement, ensemble.
