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HOSANNA SOUS LA MISÈRE DU PEUPLE

Du carrefour Mvog-Mbi à la Poste centrale… et bien au-delà, c’est tout un pays qui semble s’être converti à l’affichage dévotionnel. Panneaux géants, affichettes militantes, slogans célestes : le Kamerun s’offre une liturgie à ciel ouvert. Une ferveur spectaculaire, mais qui soulève une question très terrestre : à quoi sert vraiment ce déploiement de foi imprimée dans un pays en quête d’essentiel ?

Une satire de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE

Une foi… nationale et budgétivore ?

Ce n’est plus un axe, c’est une cartographie. Du nord au sud, d’est en ouest, les grandes villes Kamerunaises racontent désormais la même histoire : celle d’un peuple invité à bénir « celui qui vient au nom du Seigneur ». L’affichage est massif, presque uniforme, comme une campagne électorale sans candidat déclaré.

Le citoyen, lui, devient statisticien malgré lui : combien de panneaux, combien de mètres carrés, combien de millions ? Et surtout, pour quel retour sur investissement collectif ?

« Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ». À voir l’ampleur du dispositif, le cœur national semble battre au rythme des imprimeurs et des agences de communication, pendant que les besoins fondamentaux attendent leur tour… ou leur résurrection.

Laïcité en veilleuse, ferveur en vitrine

Le Kamerun est pourtant un État laïc. Mais cette neutralité proclamée semble avoir été mise entre parenthèses, le temps d’une communion nationale orchestrée à grand renfort de bâches et de slogans.

Où finit la foi individuelle ? Où commence la mise en scène collective ? Lorsque l’espace public devient une gigantesque procession visuelle, la laïcité cesse d’être un principe pour devenir une option.

« Rendez à César ce qui est à César… » disait-on. Mais ici, César semble avoir prêté ses murs, ses poteaux et peut-être ses moyens, pour magnifier ce qui relève, en principe, de la sphère spirituelle.

Priorités suspendues

Pendant que le pays chante « Hosanna », les urgences quotidiennes, elles, continuent de crier — mais sans haut-parleurs. Routes dégradées, écoles saturées, structures sanitaires sous-équipées : les priorités connues n’ont pas disparu, elles ont simplement été reléguées hors champ.

Fallait-il vraiment transformer tout le territoire en panneau d’accueil géant ? Était-ce là l’urgence nationale ? La question dérange, mais elle persiste, comme un caillou dans la chaussure d’un pèlerin trop pressé.

Le peuple et l’espérance affichée

Et pourtant, le peuple suit. Il chante, il applaudit, il adhère parfois, il observe souvent. « Hosanna au plus haut des cieux ! » résonne comme un besoin profond de croire — croire en Dieu, certes, mais aussi en une amélioration possible du quotidien.

Ces affiches, au fond, ne sont peut-être pas seulement religieuses. Elles sont aussi politiques, sociales, psychologiques : elles donnent à voir une unité, une ferveur, une direction. Même si, derrière le décor, les réalités restent inchangées.

Le salut ne s’imprime pas

Mais un pays ne se gouverne pas à coups d’« Hosanna ». Il se construit avec des choix, des priorités et du courage politique. À trop lever les yeux vers le ciel, on finit par ne plus voir les trous sur la route. Et pourtant, ce sont eux qui, chaque jour, rappellent que le salut d’une nation commence rarement par une affiche.

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