Le 27 août 1940, Douala devient le point de départ de la mobilisation de la France libre. En pleine Seconde Guerre mondiale, un territoire africain sous domination coloniale prend le risque de s’opposer à Vichy pour sauver une métropole défaite. 85 ans plus tard, la France reconnaît à peine la guerre coloniale qu’elle a menée ensuite contre ce même peuple Kamerunais. Une mémoire à deux vitesses.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
On célèbre les grandes dates de la France libre. On honore le courage de De Gaulle, le panache du général Leclerc, les sacrifices des troupes africaines. Mais rarement, très rarement, on raconte cette vérité brutale : sans Douala, sans le Kamerun, sans l’engagement de soldats colonisés, la France libre aurait peut-être été une fiction militaire.
Le 27 août 1940, le Kamerun a volé au secours de la France. En retour, la France a volé au Kamerun son histoire, sa voix, sa vérité. L’Histoire retiendra que celui qui a aidé à libérer Paris fut opprimé pour avoir voulu libérer Yaoundé. Voilà le cœur du scandale. Et ce n’est pas un simple communiqué en 2025 qui effacera 85 ans de trahison maquillée en tutelle.
Le 27 août 1940, Leclerc débarque à Douala et obtient le ralliement du Kamerun à la cause gaulliste. Ce geste, fondateur, ne fut ni consulté ni discuté par les populations. Mais il scella un engagement historique : le Kamerun, colonisé, allait participer activement à la libération d’une France occupée.
Et que s’est-il passé ensuite ?
Après la guerre, au lieu d’une reconnaissance, ce fut la perpétuation de la domination. Pire: au nom d’un mandat de l’ONU, la France devient officiellement « tutrice » du Kamerun. Et lorsque la jeunesse se soulève pour réclamer une vraie indépendance, elle est traquée, emprisonnée, torturée, exécutée. La répression de l’UPC — longtemps camouflée — fut une guerre, une vraie, mais niée.
Il aura fallu attendre juillet 2025 pour que la République française, du bout des lèvres, reconnaisse enfin cette guerre honteuse. Mais entre temps, que de morts! Que de silences! Que de manipulation de l’Histoire pour continuer à présenter le colon comme le libérateur, et le résistant Kamerunais comme un extrémiste.
