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VICE-PRÉSIDENCE

RÉFORME D’EQUILIBRE OU MÉCANIQUE DE SUCCESSION ?

Au Kamerun, les rumeurs d’une révision constitutionnelle pour introduire un poste de vice-président refont surface. Présentée comme une innovation institutionnelle, l’idée soulève pourtant de sérieuses interrogations : s’agit-il d’un progrès démocratique ou d’un habillage juridique pour organiser la succession au sommet de l’État ?

Une chronique de HIlaire NGOUALEU HAMEKOUE

Une vieille idée aux relents nouveaux

Ce projet, s’il venait à se concrétiser, ne serait pas une première. La Constitution fédérale de 1961 prévoyait déjà un poste similaire, dans un contexte politique bien différent, marqué par le fédéralisme et la cohabitation de deux entités autonomes.

Aujourd’hui, la résurgence de cette fonction intervient dans un État unitaire fortement centralisé. Dès lors, la question est légitime : pourquoi ressusciter un mécanisme ancien dans un contexte qui n’a plus rien de comparable ?

Les institutions ne sont pas des accessoires que l’on ajuste au gré des circonstances politiques , Elles doivent répondre à une logique durable, pas à des intérêts conjoncturels.

Une succession sous contrôle ?

Au cœur des critiques, une inquiétude majeure : la vice-présidence pourrait devenir un outil de désignation indirecte du successeur.

En effet, dans un tel schéma, le vice-président, choisi par le président en exercice, deviendrait naturellement l’héritier politique en cas de vacance du pouvoir. Ce mécanisme court-circuiterait de fait l’épreuve du suffrage universel immédiat.

« On passerait d’un principe démocratique à une logique de dauphinat institutionnalisé », s’alarment certains observateurs.

La question n’est pas anodine : dans une démocratie, la légitimité du pouvoir procède du vote. Toute réforme qui tend à en atténuer la portée mérite un examen rigoureux sanctionné par un référendum.

Le piège du prisme linguistique

Autre argument avancé : assurer un équilibre géopolitique en imposant une alternance linguistique entre président et vice-président — anglophone contre francophone, et inversement.

Sur le papier, l’intention semble louable. Dans les faits, elle révèle une contradiction profonde. Comment expliquer qu’après plus de six décennies d’indépendance, l’unité nationale continue d’être pensée à travers le prisme des langues coloniales ?

Réduire l’équilibre national à une opposition linguistique, c’est ignorer la complexité sociologique du pays.

Et la question demeure entière : que se passerait-il si deux personnalités issues de la même communauté, mais simplement bilingues, occupaient ces fonctions ? Le critère linguistique deviendrait alors artificiel, voire absurde.

Le Parlement face à l’Histoire

Dans ce contexte, le Parlement se retrouve à la croisée des chemins.

Valider une telle réforme sans débat approfondi reviendrait à entériner une transformation majeure de l’équilibre institutionnel, avec des implications durables sur la démocratie Kamerunaise.

À l’inverse, rejeter ou amender ce projet et le soumettre au référendum pourrait constituer un acte fondateur, marquant la capacité des représentants du peuple à s’élever au-dessus des logiques partisanes.

Une Constitution n’est pas un instrument de circonstance ; c’est un pacte entre générations.

Crédibilité et confiance

Au-delà des calculs politiques, une évidence s’impose : la stabilité d’un État ne se construit ni sur des arrangements linguistiques, ni sur des mécanismes de succession déguisés, mais sur la confiance du peuple dans ses institutions.

Si réforme il doit y avoir, qu’elle élève la démocratie plutôt qu’elle ne la contourne. Car l’Histoire, elle, ne retient pas les compromis discrets, mais les choix courageux

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