Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE depuis quelques semaines, le mot « coalition » est sur toutes les lèvres dans l’opposition kamerunaise. Un mot magique, utilisé à tort et à travers, comme s’il suffisait de le prononcer pour effacer d’un trait les blocages structurels, les divergences de fond et les egos surdimensionnés. Pourtant, à deux mois de l’élection présidentielle, la question légitime que se pose le citoyen averti est simple : coalition pour quoi faire ?

Si les Kamerunais se sont battus pour le multipartisme, ce n’était pas pour recréer un parti unique de l’opposition déguisé. C’était pour permettre la confrontation des idées, des projets, des visions. Or, ce à quoi on assiste aujourd’hui tient plus du cirque que du débat démocratique. Pas de programme clair. Pas de projet structurant. Rien d’autre qu’un slogan de plus à ajouter au folklore électoral.
Pire, les principaux acteurs de cette coalition en carton ne se sont même pas entendus sur un socle commun. Quels sont les axes prioritaires ? Quelle réforme électorale ? Quel plan économique ? Quelle politique sociale ? Personne ne sait. Et pourtant, on s’embrasse devant les caméras, on signe des accords dans la pénombre et on invite le peuple à faire confiance, comme si ce dernier n’avait pas déjà été trop trahi.
Une coalition sans programme, sans cap, sans cohérence, c’est une mèche mouillée dans une poudrière. Et quand viendra l’heure des responsabilités, les antagonismes feront surface, les règlements de compte commenceront et le peuple, une fois de plus, paiera l’addition.

Alors non, tous ensemble, ce n’est pas toujours mieux. Une opposition forte n’est pas une opposition fusionnée, mais une opposition crédible, lisible, courageuse. Et si coaliser, c’est juste se serrer les coudes pour aller perdre ensemble, autant laisser chacun aller perdre dignement, avec ses idées et son bulletin de vote.
Car à ce rythme, ce n’est pas une coalition qui se prépare… mais une confusion nationale.
