LE 6 NOVEMBRE OU L’ART DE DIRE MERCI À LA MACHINE.
Au Kamerun de UM NYOBE, le 6 novembre 2025 restera gravé dans l’histoire comme un triple symbole : 43 ans de règne pour Paul Biya, un président nonagénaire qui prête serment pour 7 ans de plus, et un hommage inattendu à ceux qui, dans l’ombre ou en uniforme, ont « organisé » sa victoire. Une journée aux allures de cérémonie d’autocongratulation.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Une date historique… ou hystérique ?
Le 6 novembre n’est plus un simple jour du calendrier. Il est devenu une sainte relique républicaine, célébrée comme Noël dans le RDPC. En 2025, ce jour a atteint un nouveau sommet d’absurdité : un président de 92 ans, élu pour un mandat qui devrait le mener jusqu’à la porte de 100 ans (sauf surprise biologique ou divine), a prêté serment avec la même sérénité qu’à 1982.
« Je jure devant Dieu et devant le peuple camerounais… ». Mais lequel ? Celui qui s’est abstenu ? Celui qui a protesté ? Celui qu’on a matraqué ? Celui dont on a brûlé le commerce ? Mystère.
Merci la machine
Dans son discours, Paul Biya n’a pas oublié ses grands artisans : ELECAM, le Conseil Constitutionnel, les FMO. Une sorte de triptyque de la victoire sans sueur. Il a eu un mot chaleureux pour chacun :
- À ELECAM : pour avoir fait comme d’habitude, même sans les résultats des bureaux introuvables ;
- Au Conseil Constitutionnel : pour avoir proclamé, sans trembler, l’incontestable ;
- Aux FMO : pour avoir su disperser, frapper, empêcher, sceller, réprimer… bref, accompagner la démocratie.
Ce discours, c’était surtout un long « merci pour le travail bien fait ». Mais le peuple, lui, n’a pas été cité. Ou alors par accident.
Une jeunesse spectatrice de son propre avenir
Pendant qu’on chantait à Yaoundé, les jeunes marchaient à Douala, tombaient à Bafoussam, se cachaient à Bamenda .. . Mais ces voix n’ont pas eu droit à un mot. Le « vivre-ensemble » est resté au placard. Pourtant, les quadragénaires d’aujourd’hui n’ont connu qu’un seul président. Cela fait 43 ans qu’ils le regardent prêter serment à la télé. Un éternel remake.
« Le Cameroun avance », dit-on. Mais vers quoi ? Vers l’immortalité politique ou l’immobilité nationale ?
La symbolique d’un serment à rebours
Le serment de Paul Biya ce 6 novembre n’était pas qu’un engagement solennel. C’était presque un dernier cri de défi à la logique politique, un pied de nez à l’usure, à l’alternance, à la transition. Ce n’est pas un président qu’on a vu, c’est une institution à vie, un dogme.
Et pourtant, derrière les drapeaux et les chants, le malaise était palpable. La rue grondait. Les commerçants hésitaient à ouvrir. Les ambassades se taisaient. Le pays, suspendu entre deux souffles, n’a pas fêté. Il a observé. Avec gravité.
Le règne des absents
Le 6 novembre 2025, ceux qui ont fait gagner le président étaient là. Mais ceux pour qui il est censé gouverner n’y étaient pas. Le peuple, dans sa diversité, a boudé ou subi.
Ce n’est pas une victoire, c’est une confiscation. Ce n’est pas un anniversaire, c’est un enterrement de la démocratie sous les confettis du pouvoir.
Ct
Comme dit un proverbe : « Quand le roi danse tout seul, il faut vérifier si le peuple est encore vivant. »
