QUAND L’INDIFFÉRENCE NOURIT LA FRACTURE NATIONALE
Alors que la campagne présidentielle bat son plein, des signes inquiétants de dislocation du tissu national se multiplient. Après les « Villes mortes » imposées dans le West-Kamerun, c’est au tour de la région du Sud de sombrer dans une logique de rejet et de fermeture. Le silence complice du gouvernement face à ces actes séditieux interroge, tout comme l’indifférence du reste de la nation.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Ce 30 septembre 2025, dans une mise en scène qui rappelle tristement d’autres épisodes de rejet territorial, le convoi de campagne du candidat Bello Bouba Maïgari a été bloqué à l’entrée d’Ebolowa, capitale de la région du Sud et selon un thuriferaire du parti RDPC, socle granitique du candidat Paul Biya. Rien, absolument rien, ne justifie qu’un candidat à la présidentielle soit empêché de s’adresser à ses concitoyens dans une région du pays. Ce geste, en soi, est déjà un acte politique fort : un territoire qui refuse le débat national s’inscrit dans une logique de rupture.
Plus grave encore est le silence du gouvernement, habitué pourtant à sortir les grands moyens dès que l’opposition lève le ton. Aucune condamnation, aucun rappel à l’ordre, aucune garantie réaffirmée du droit de chaque Kamerunais à faire campagne librement. À croire que certains bastions politiques bénéficient d’un passe-droit pour défier la République, pendant que d’autres régions sont matraquées au nom de « l’unité nationale ».
Et que dire du reste du pays ? Silence radio. Les partis politiques, les intellectuels, la société civile, restent figés dans une attitude de spectateurs. Pourtant, l’indignation devrait être collective. Car si une partie du pays peut se permettre de bloquer l’accès à un candidat aujourd’hui, quelle autre région se croira autorisée à en faire autant demain ?
La République ne se défend pas à géométrie variable. Si nous acceptons que certaines régions se ferment au débat national pendant que d’autres imposent la terreur pour des raisons idéologiques, alors nous signons collectivement l’acte de dislocation du Kamerun. Il est encore temps d’agir. Mais ce temps, lui aussi, est compté. Car comme dit un adage bakossi : Le doigt qu’on promène régulièrement dans le derrière coure le risque de ramener la matière fécale
