Anicet-Georges Ekane est mort, ou plutôt, il a été abandonné à la mort. Un homme affaibli, sous assistance respiratoire, maintenu en détention malgré les alertes médicales, politiques et humaines. Après l’avoir laissé suffoquer, une milice cybernétique – agissant à la dévotion du RDPC– se déchaîne pour salir sa mémoire. Une scène qui devient hélas familière. Et si c’était un aveu ?
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Un homme connu, pas un fugitif
Le président du MANIDEM, arrêté le 24 octobre 2025, n’était ni terroriste, ni insaisissable. Il avait un domicile fixe, un parti politique légalement reconnu, une identité politique connue. On l’accusait d’ »insurrection » pour avoir reconnu la victoire d’un candidat à la présidentielle. Fallait-il vraiment enfermer un malade en phase critique pour cela ? Le minimum aurait été une mise en liberté sous contrôle judiciaire.
Un extracteur d’oxygène… confisqué
Les cris de détresse de sa famille et de ses avocats ont été ignorés. On a refusé de lui restituer son extracteur d’oxygène, pourtant vital. Faut-il comprendre que dans ce pays, un citoyen peut mourir à petit feu sous prétexte de procédure ? L’État s’est tu, puis l’armée a sorti un communiqué froid, presque mécanique. Le silence, encore. Et le mépris.
La meute en mission
Comme pour Martinez Zogo, Bibi Ngota, Jules Koum Koum, ou Samuel Wazizi, la mort n’est jamais suffisante. Il faut encore salir, humilier, diffamer. Une milice numérique a repris du service : Ekane aurait eu « des armes, de la drogue et des millions », selon eux. Ils poussent l’indécence jusqu’à accuser Maurice Kamto d’être le « tueur des Sawa », listant Penda Ekoka, Kingué, Lapiro comme preuves. Mais tous sont morts après des détentions prolongées, sous contrôle d’État. Cette milice accuse-t-elle involontairement ses propres maîtres ?
Aveux par inversion
La stratégie est vieille : salir pour faire oublier. On invente des « famla », des complots tribaux, des sorcelleries politiques, pour éviter la vraie question : qui détient et qui néglige ? À force de mentir, ils finissent par s’accuser eux-mêmes. « Celui qui tue le prophète veut aussi tuer la mémoire du prophète. »
Quand l’État devient sourd, c’est la mémoire qui crie
Le Kamerun est en train de construire une mémoire collective de la violence d’État. Chaque silence complice, chaque décès évitable, chaque campagne de diffamation après la mort, s’ajoute à un grand procès à venir : celui de la conscience nationale. Ekane est mort, mais son souffle devenu cri hantera tous ceux qui, par négligence ou volonté, l’ont éteint. On ne tue pas un souffle. On le libère.
