QUAND LE DOIGT INSISTE…
Au Kamerun, la gestion de la crise post-électorale semble avoir opté pour le tout-répressif. Mais plus les autorités forcent, plus la situation échappe à leur contrôle. À Mayo-Banyo, l’excès de zèle d’un préfet a enflammé… au propre comme au figuré. Et si on changeait de méthode ?
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Entre les fesses du peuple
Un proverbe bakossi le dit crûment : « le doigt qui se ballade entre les deux fesses finit par ramener la matière fécale. »
La gestion actuelle de la contestation politique ressemble à ce doigt obstiné. Chaque décision autoritaire, chaque menace, chaque provocation ne fait qu’aggraver la situation. Les manifestations ont été réprimées, les jeunes sont tombés sous les balles, les journalistes ont été agressés, les quartiers militarisés… Et comme si cela ne suffisait pas, on en vient à vouloir forcer la population à « vivre normalement« , sous peine de sanctions.
Villes mortes, autorités en panique
Face aux violences liées aux marches, les contestataires ont choisi la stratégie passive : villes mortes, pieds morts. Un choix pacifique ? Peut-être. Mais les autorités y voient une défiance insupportable. Et plutôt que de chercher à comprendre les causes du malaise, elles choisissent d’éteindre l’incendie… avec de l’essence.
Au Mayo-Banyo, le préfet Charles Gall a voulu forcer l’ouverture des commerces. Sceller les boutiques, intimider, menacer… Mauvaise idée. Résultat : la permanence du RDPC et la résidence d’un membre du gouvernement ont pris feu. Qui provoque qui ?
Le feu qui couve
Le Kamerun est assis sur une poudrière sociale. Ce n’est pas en imposant la normalité qu’on évite l’anormal. Quand un peuple refuse de sortir, ce n’est pas toujours par paresse ou manipulation : parfois, c’est juste parce qu’il a peur… ou qu’il proteste.
Et cette protestation silencieuse, on ne peut l’étouffer par les bottes ou les arrêtés préfectoraux. À force de vouloir que tout fonctionne « comme si de rien n’était », les autorités perdent ce qui restait de leur autorité.
Changer le doigt… ou la méthode
À quoi bon s’acharner à « ramener le calme » par des méthodes qui créent le chaos ? À quoi bon gouverner sur les ruines de la confiance populaire ? Quand un peuple choisit le silence comme cri, la sagesse commande de l’écouter, pas de le bâillonner.
La gestion martiale des contestations est un aveu d’échec politique. Et comme dirait un autre proverbe : « Celui qui refuse d’écouter le tambour finira par entendre la foudre. »
Il est temps d’enlever le doigt, de changer de posture… avant que tout le corps ne s’enflamme.
