Kenajanou – Parlons ville, vivons urbanisme
Actualités

MAROUA, ENCORE ET TOUJOURS

Le mardi 7 octobre 2025, Paul Biya a de nouveau choisi Maroua pour sa sortie publique en pleine campagne électorale. Derrière cette mise en scène millimétrée, une série de questions dérangeantes s’imposent : pourquoi toujours Maroua ? En quelle qualité s’y rend-il ? Et jusqu’à quand laisserons-nous la confusion entre fonction d’État et compétition électorale miner notre démocratie ?

Maroua, la scène unique d’un théâtre politique figé

Depuis plusieurs scrutins, Maroua est devenue le seul théâtre de la « descente » présidentielle. Ni Buea, ni Bamenda, ni même Yaoundé ou Tombel. À croire que cette ville du septentrion est le seul espace sécurisé, politiquement balisé pour le chef de l’État sortant. La foule y est maîtrisée, les slogans récités, les applaudissements programmés. Tout y est verrouillé, aseptisé, fidèle à l’image qu’on veut imposer d’un pays stable.
Mais en réalité, cette répétition dénote une frilosité du pouvoir. Le refus de se confronter aux autres vérités du pays. Le refus du débat, de la contradiction, et de la diversité d’opinion. Ce n’est pas une campagne, c’est une réplique.

Président ou candidat ? Une dangereuse confusion

La question n’est pas nouvelle, mais elle devient de plus en plus préoccupante : en quelle qualité Paul Biya s’est-il exprimé à Maroua ? Président de la République ? Président du RDPC ? Candidat en lice ? Difficile à dire, tant le mélange des symboles est volontaire.

Il a utilisé les moyens de l’État pour une mobilisation clairement politique. Il a prononcé un discours partisan sous la bannière de la fonction suprême. Il a été encadré par les institutions de la République, mobilisées pour une opération électorale. Cette confusion permanente est une trahison de l’esprit républicain. Elle est une inégalité criante vis-à-vis des autres candidats, privés de ces facilités institutionnelles.

Une démocratie sous tension, une Constitution dépassée

Ce genre de dérive est permis – voire encouragé – par un cadre juridique flou, ancien et taillé sur mesure. La Constitution actuelle ne garantit ni l’équité du jeu électoral, ni la séparation effective des pouvoirs, ni la neutralité des institutions pendant les scrutins.

On ne peut pas bâtir une démocratie sur une architecture qui rend possibles de telles dérives. On ne peut pas espérer une alternance politique avec un texte fondamental verrouillé à tous les étages.

Pour une transition républicaine et une refonte constitutionnelle

Il est temps d’ouvrir le chantier d’une transition politique sereine. Une transition qui aurait pour objectif central la refonte de la Constitution, afin de garantir enfin un État impartial, des élections équitables, et une véritable respiration démocratique.

Car comme le dit l’écrivain nigérian Chinua Achebe : « Une société qui ne reconnaît pas ses injustices est condamnée à les répéter. »
Le Kamerun ne peut plus se contenter d’un décor démocratique. Il faut désormais écrire un nouveau contrat social.

Related posts

QUAND LE TRIBALISME DEVIENT

kenajanou

PAIX OU SILENCE ?

kenajanou

DOUALA S’EST RÉVEILLÉE

kenajanou

Leave a Comment

This website uses cookies to improve your experience. We'll assume you're ok with this, but you can opt-out if you wish. Accept Read More

Privacy & Cookies Policy