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1er MAI : CÉLÉBRATION OU ANESTHÉSIE COLLECTIVE?

1er MAI : CÉLÉBRATION OU ANESTHÉSIE COLLECTIVE?

Alors que les travailleurs Kamerunais s’apprêtent à « célébrer » le 1er mai 2026, une interrogation s’impose avec acuité : que reste-t-il réellement à fêter ? Entre précarisation du travail, affaiblissement des syndicats et verrouillage des libertés sociales, la fête du Travail semble avoir perdu son sens originel pour devenir un rituel vidé de sa substance.

Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE

Une fête sans conquêtes

À l’origine, le 1er mai est un symbole de lutte. Une date arrachée au prix du sang pour revendiquer des droits, améliorer les conditions de travail et rééquilibrer les rapports entre employeurs et employés. Mais au Kamerun, cette mémoire semble s’être diluée dans les parades en tenues estampillées, les discours officiels et goinfrerie sous les regards amusés et moqueurs de l’administration et des employeurs.

Peut-on parler de fête lorsque le Code du travail laisse une marge excessive à l’employeur dans la fixation des salaires ? Lorsqu’un travailleur, malgré ses qualifications et son expérience, doit se contenter d’une rémunération à peine au-dessus d’un SMIG oscillant entre 40 000 et 60 000 FCFA ?
Comme le dirait un syndicaliste désabusé : « Ce n’est pas le travail qui est célébré, c’est la résignation qui est organisée. »

Des syndicats sous tutelle

Le rôle des syndicats est de défendre, de revendiquer, de résister. Mais que deviennent-ils lorsqu’ils sont phagocytés, infiltrés ou domestiqués ? La vitalité syndicale, pilier de toute démocratie sociale, semble aujourd’hui étouffée.

Beaucoup de travailleurs ne se reconnaissent plus dans des structures perçues comme trop proches du pouvoir ou des employeurs.
Résultat : une défiance grandissante et une incapacité à mobiliser efficacement.
« Un syndicat qui ne dérange plus n’est plus un syndicat, c’est un décor », pourrait-on résumer.

Mémoire brisée, droits érodés

Comment oublier la baisse drastique des salaires des fonctionnaires dans les années 1990, avec des réductions avoisinant les 70 % ? Une blessure sociale jamais véritablement refermée. À cela s’ajoutent les privatisations d’entreprises publiques, souvent synonymes de licenciements massifs et de précarisation accrue.

Ces choix économiques ont durablement fragilisé le tissu social. Et pourtant, aucune véritable réparation, ni réforme structurelle majeure n’est venue corriger ces déséquilibres.

Le droit de grève sous verrou

Dans ce contexte, la grève devrait être un levier d’expression et de pression. Mais elle est devenue un parcours d’obstacles. Entre procédures administratives dissuasives et risques de sanctions, l’exercice de ce droit fondamental est fortement entravé.

Dès lors, la question se pose : comment lutter lorsque tous les mécanismes de contestation sont neutralisés ?
Un travailleur confiait récemment : « On nous demande de nous battre, mais on nous attache les mains. »

Refuser la fête, choisir la dignité.

Le 1er mai ne devrait pas être une simple parade, encore moins une parenthèse festive sans lendemain. Il devrait être un moment de lucidité collective, un miroir tendu à la condition des travailleurs.

Fêter sans conscience, c’est entériner l’injustice. Revendiquer, s’organiser et reconstruire des solidarités authentiques restent les seules voies pour redonner du sens à cette journée.

Car au fond, une question demeure :
le 1er mai célèbre-t-il encore les travailleurs… ou leur silence ?

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