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MÉMOIRE SANS JUSTICE :

L’ETERNEL RECOMMENCEMENT?

Quatre siècles après l’horreur, la traite transatlantique est enfin reconnue comme un crime majeur contre l’humanité. Une reconnaissance tardive qui soulage les mémoires, sans toutefois réparer les corps ni restaurer les destins brisés. Derrière le symbole, une question dérange : et maintenant, que fait-on ?

Une chronique de HIlaire NGOUALEU HAMEKOUE

Une reconnaissance historique… mais tardive

Le 26 mars 2026, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution historique reconnaissant la traite transatlantique et l’esclavage des Africains comme le « plus grave crime contre l’humanité »

C’est une date que l’histoire retiendra. Après des siècles de luttes, de résistances et de revendications portées par des générations entières, l’horreur est enfin reconnue, à l’échelle mondiale.

Une victoire morale, sans doute. Une avancée symbolique, assurément. Mais une réparation ? Rien n’est moins sûr.

Car derrière cette reconnaissance, il y a une vérité brutale : des millions d’hommes, de femmes et d’enfants arrachés à leur terre, déshumanisés, marchandisés. Des sociétés africaines disloquées, des lignées brisées, des cultures amputées.

_Nommer un crime n’efface ni ses conséquences, ni ses héritages, pourrait-on dire.

Le poids des silences et des réparations absentes

Reconnaître n’est pas réparer. Et c’est là que le bât blesse.

Où sont les réparations pour un continent qui a été saigné de sa force vive ? Où est la restitution pour ces siècles de retard économique, de dépendance structurelle et de fragilisation sociale ?

L’Afrique n’a pas seulement perdu des hommes. Elle a perdu du temps, des dynamiques internes, des équilibres politiques. Elle a été empêchée de se construire à son propre rythme.

Et aujourd’hui encore, les séquelles sont visibles.

La traite n’appartient pas au passé : elle vit dans les déséquilibres du présent.

Une autre forme de prédation en cours

Le plus troublant, c’est que l’histoire semble bégayer.

Hier, on arrachait des hommes. Aujourd’hui, on extrait des ressources. Minerais stratégiques, pétrole, bois, terres rares… Le continent africain demeure au cœur d’une économie mondiale qui continue de s’alimenter à moindre coût sur ses richesses.

Certes, les formes ont changé. Les chaînes ont disparu. Mais les rapports de force, eux, persistent.

Des multinationales dictent les règles, des accords déséquilibrés se signent, des élites locales servent souvent d’intermédiaires. Et au final, les populations restent les grandes oubliées.

Quand l’exploitation change de visage mais conserve ses effets, peut-on encore parler de progrès ?

Rompre le cycle ou commémorer l’impuissance ?

La reconnaissance du 26 mars 2026 pose donc une responsabilité nouvelle : celle de ne pas répéter les erreurs du passé.

Car que vaut une mémoire sans action ? Que vaut une condamnation morale sans transformation structurelle ?

L’histoire jugera sévèrement une humanité capable de reconnaître ses crimes… tout en en perpétuant d’autres, sous des formes plus acceptables.

L’Afrique n’a pas besoin uniquement de compassion mémorielle. Elle a besoin de justice économique, de souveraineté politique et de respect réel de ses intérêts.

Une mémoire à transformer en levier

Se souvenir est nécessaire. Reconnaître est essentiel. Mais agir est impératif.

Si cette reconnaissance ne débouche pas sur des réparations concrètes et une refonte des relations internationales, elle restera ce qu’elle est déjà pour beaucoup : un geste tardif, sans courage réel.

L’histoire offre aujourd’hui une occasion rare : transformer la mémoire en levier de justice.

Faute de quoi, dans quatre siècles, d’autres générations écriront peut-être les mêmes lignes. Avec, en plus, ce reproche accablant :
ils savaient, mais ils n’ont rien changé

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