Kenajanou – Parlons ville, vivons urbanisme
Actualités

JEUDI PROPRE :

Pensée comme une initiative citoyenne pour assainir les villes, la journée du « jeudi propre » s’est progressivement transformée en un rituel contre-productif. Entre fermeture forcée des commerces, contrôles orientés et dérives corruptives, l’objectif initial semble s’être dissous dans la pratique quotidienne.

Une idée louable, un héritage détourné

Inspiré du cleaning day pratiqué dans le West-Kamerun, le « jeudi propre » devait instaurer une culture de salubrité collective. Le principe est simple : consacrer un temps hebdomadaire à l’entretien des espaces de travail et de leurs abords. Une exigence d’autant plus pertinente que l’insalubrité urbaine demeure un défi majeur dans nos villes.

Sur le papier, l’initiative est irréprochable. Elle responsabilise les acteurs économiques et participe à l’embellissement du cadre de vie. « La propreté est l’affaire de tous », rappelle-t-on souvent dans les campagnes de sensibilisation. Mais entre l’intention et l’application, le fossé est aujourd’hui béant.

Quand la règle devient contrainte économique

Dans la réalité, le « jeudi propre » rime désormais avec paralysie. Dans plusieurs villes, les commerces et entreprises restent fermés jusqu’à 11 heures, parfois sous la contrainte. Cette fermeture systématique, non explicitement prévue dans l’esprit initial du texte, engendre une perte sèche d’heures de travail et de chiffre d’affaires.

Pour les petits commerçants, chaque heure compte. « Nous ne refusons pas de nettoyer, mais pourquoi nous empêcher de travailler ? », s’indigne un vendeur du centre-ville. Cette question résume à elle seule l’absurdité d’une mesure qui pénalise l’activité sans garantir le résultat attendu.

Dérives et corruption : le glissement préoccupant

Plus grave encore, le contrôle du « jeudi propre » semble avoir changé de nature. Sur le terrain, certaines équipes municipales privilégient la traque des boutiques ouvertes plutôt que l’évaluation effective de la propreté. L’objectif implicite devient alors la sanction, voire l’arrangement.

« On ne regarde pas si c’est propre, on regarde si tu es ouvert », confie un commerçant habitué à ces descentes. Cette inversion des priorités alimente un système de rackets informels où la règle sert de levier à des pratiques douteuses.

Résultat : la ville reste sale, les commerces sont fermés, et certains agents en tirent profit. Une triple défaite.

Repenser le modèle : obligation de résultat, pas de fermeture

La question mérite d’être posée sans détour : fallait-il imposer la fermeture ou exiger la propreté ? Une politique publique efficace se juge à ses résultats, pas à la rigidité de ses contraintes.

Plutôt que de bloquer l’activité, les municipalités gagneraient à imposer la présence des acteurs économiques tout en contrôlant effectivement l’état de salubrité. Des sanctions pourraient alors être appliquées sur la base de critères visibles et mesurables : trottoirs nettoyés, déchets évacués, devantures entretenues.

Comme le souligne un urbaniste : « La propreté ne se décrète pas, elle se contrôle et s’encourage ». Une approche plus pragmatique permettrait de concilier hygiène urbaine et vitalité économique.

Un férié de trop

Le « jeudi propre » ne devrait pas être un jour d’arrêt, mais un moment d’action. En l’état, il illustre une dérive bien connue : celle des bonnes idées dévoyées par une mauvaise mise en œuvre. Réhabiliter son esprit initial, c’est remettre l’exigence de propreté au cœur du dispositif, sans sacrifier l’économie ni nourrir les pratiques déviantes. Faute de quoi, le propre restera une illusion… et le jeudi, un jour de trop.

Related posts

VICE-PRÉSIDENCE

kenajanou

DOUALA, VILLE ABANDONNÉE

kenajanou

LA GUERRE DES SLOGANS

kenajanou

Leave a Comment

This website uses cookies to improve your experience. We'll assume you're ok with this, but you can opt-out if you wish. Accept Read More

Privacy & Cookies Policy