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TURKISH, RAM, ETHIOPIAN…

Quand la jeunesse Kamerunaise ne rêve plus d’un métier mais d’un visa, la dernière frontière avant « la vie ailleurs » s’appelle… un billet d’avion. À Douala et Yaoundé, quatre compagnies sont devenues les portes de sortie favorites : Turkish Airlines, Royal Air Maroc, Air Algérie et Ethiopian Airlines. Moins chères, plus accessibles, mais à quel prix humain ?

Le pays qu’on quitte dans sa tête

La jeunesse Kamerunaise ne se projette plus ici. Ceux qui sont encore physiquement au pays sont mentalement déjà partis.
Soit ils montent un dossier pour une bourse, une formation ou un contrat.
Soit ils économisent péniblement pour « l’opération ».
Soit ils attendent, faute d’argent, en regardant les autres décoller.
« Ici, même avec un diplôme, tu végètes. Là-bas au moins, tu galères, mais tu avances », résume Serge, 28 ans.
Le Kamerun est devenu une salle d’attente. L’aéroport, un ministère officieux de l’Avenir.

Pourquoi toujours les mêmes compagnies ?

Dans presque toutes les agences de voyage, les mêmes noms reviennent :
Turkish Airlines, Royal Air Maroc, Air Algérie, Ethiopian Airlines.
Pourquoi elles ?
Parce qu’elles sont structurellement moins chères que Air France, Brussels Airlines ou Lufthansa.
Leurs hubs sont en Afrique ou au Moyen-Orient (Casablanca, Alger, Addis-Abeba, Istanbul), ce qui réduit certaines taxes et coûts d’exploitation.
Elles remplissent leurs avions de passagers en transit, pas seulement de clients premium.
« Turkish et Ethiopian cassent les prix pour capter le marché africain », explique un agent de voyage à Akwa.
« Air France, c’est le confort… mais c’est pour les riches. »

Le billet : dernière barrière avant la liberté

Après le visa, beaucoup pensent que le plus dur est fait. Erreur.
Il reste le billet : entre 700 000 et 1 200 000 FCFA selon la saison.
« Mon visa était prêt depuis deux mois. Je dormais dessus faute de billet », raconte Armand, admis en formation en Pologne.
Dans les agences, on compare obsessionnellement les prix.
« Ethiopian via Addis-Abeba est moins cher, mais 18 heures de voyage. »
« Royal Air Maroc est plus court, mais souvent complet. »
« Turkish est rapide, mais trop cher pour moi. »
On choisit sa compagnie comme on choisit une pirogue pour traverser un fleuve.

Comment ils voyagent vraiment

La plupart voyagent en classe économique, bagages au maximum autorisé, ventre noué, espoir en bandoulière.
Les escales sont longues : 6, 10, parfois 14 heures.
Ils dorment à même le sol dans les halls d’Addis-Abeba, Casablanca ou Istanbul.
Ils mangent peu pour économiser leurs derniers euros et/ou dollars.
« À Addis, j’ai passé la nuit assis. J’avais peur de rater la correspondance », raconte Nadège, 26 ans.
« À Casablanca, on nous traite comme du bétail », lâche Junior.
Ce n’est pas du tourisme. C’est un exode discret.

Sont-ils satisfaits ?

Oui… et non.
Oui, parce que ces compagnies leur permettent de partir.
Sans elles, beaucoup n’auraient jamais quitté le Kamerun.
Non, parce que les conditions sont dures :
retards fréquents, bagages perdus, correspondances ratées, traitements parfois humiliants.
« Mais on s’en fout », tranche Mireille.
« Tant que l’avion décolle vers l’Europe ou les Ameriques. »
La satisfaction n’est pas dans le service.
Elle est dans la fuite réussie.

L’État absent, les avions pleins

Pendant que Turkish, RAM, Air Algérie et Ethiopian remplissent leurs avions, l’État Kamerunais vide ses villes de leur jeunesse.
Aucune politique massive d’emploi.
Aucune industrie créatrice d’emplois.
Aucune réforme sérieuse de l’école.
On inaugure des stades.
Eux inaugurent des valises.

Import-export très particulier

Quand les compagnies aériennes deviennent plus crédibles que l’État pour offrir un avenir, ce n’est plus un problème de transport.
C’est une faillite politique.
Le vrai scandale n’est pas que Turkish, Royal Air Maroc, Air Algérie et Ethiopian Airlines fassent fortune avec la détresse Kamerunaise.
Le vrai scandale, c’est qu’elles soient devenues les ministères officieux de l’Espoir.
Un pays qui exporte sa jeunesse à bas prix importe, tôt ou tard, sa propre ruine

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